Virginie Efira héroïne de 20 ans d’écart : “Je préfère le mot MILF plus sincère que cougar !”

Virginie Efira et Pierre Niney forment le couple charmant de 20 ANS D’ÉCART, comédie romantique drôle et tendre réalisée par David Moreau. Une incursion réussie dans le domaine de l’humour pour le réalisateur qui s’était engagé dans le cinéma avec des films d’horreur (Ils,The Eye). Ayant beaucoup aimé 20 ANS D’ÉCART, rom-com plus ambitieuse et plus réussie que La stratégie de la poussette et Un prince (presque) charmant, j’ai voulu rencontrer Virginie Efira.

En ce jour glacial de février,Virginie Efira est rayonnante au moment où elle s’installe en face de moi sur la banquette d’une suite de l’Hôtel de Sers à Paris. Cette jolie blonde, grande et mince dont la silhouette s’est arrondie depuis quelques mois -elle sera maman en mai prochain- enchaîne courageusement et sans faiblir des interviews depuis 8h30 du matin. Et il est exactement 14h au moment où je lui serre la main, ravie de commencer enfin une interview prévue à 12h30. La faute à Pierre Niney, son jeune partenaire dont le réveil semblait fâché ce jour-là avec la ponctualité. Il est vrai que le jeune pensionnaire de La Comédie Française répète le rôle d’Hippolyte dans Phèdre -qu’il jouera salle Richelieu du 2 mars au 26 juin, en alternance avec Benjamin Lavernhe– et que son emploi du temps est plus que chargé. Malgré ce désagrément, la comédienne belge est restée joyeuse et sereine toute la matinée et s’est livrée sans découragement aux questions souvent faciles et forcément répétitives des journalistes.

“ÇA OUI, JE SAIS QU’IL Y A UNE PLACE À PRENDRE DANS LA COMÉDIE !”

Virginie Efira est une fille sympa et définitivement belge c’est-à-dire nature, franche, directe et sans affectation. Si peu d’ailleurs qu’elle utilise souvent le mot un tantinet désuet et néanmoins charmant « chouette» comme Virginie Hocq, d’ailleurs. Allez savoir si l’expression est propre à toutes les Virginie ou à tous les Belges et donc à toutes les Virginie venues de Belgique ! Une singularité qui prouve que Virginie Efira n’essaie pas d’être dans l’air du temps, qu’elle se fout des diktats et ne se conforme qu’à se qu’elle est. Rencontre avec une fille extrêmement (elle utilise aussi beaucoup cet adverbe) chouette.

Alice balade Balthazar et le pire c’est que ça marche !

LEBLOGFEMMEQUIRIT. Qu’est-ce qui vous a fait accepter 20 ANS D’ECART, une autre comédie romantique, genre qui vous est familier ?

VIRGINIE EFIRA. La croyance que j’avais dans 20 ANS D’ECART et dans le rôle, la manière dont je me suis investie dans l’écriture avec David Moreau m’ont donné la sensation d’évoluer c’est-à-dire de chercher un truc en plus que je n’avais pas encore fait et d’avancer un tout p’tit peu plus loin. J’ai fait beaucoup de comédies romantiques où j’ai beaucoup joué la mignonnerie, on va dire. Là, je trouve que le personnage a beaucoup plus de complexité et du coup, c’était super.

 LEBLOGFEMMEQUIRIT. Pour le coup, dans 20 ANS D’ECART, vous n’êtes plus dans la “mignonnerie” mais plutôt dans la rigidité au point qu’on vous surnomme “desperate fraulein” avant que vous ne vous transformiez en MILF (Ndlr : (Mother I’d Like to Fuck : mère que j’aimerais baiser).

VIRGINIE EFIRA. J’ai eu la chance d’avoir un réalisateur qui dirige. Sur le reste, tout le travail d’écriture fait en amont avec David m’a permis d’entrer dans les choses intimes, surjouer d’une féminité d’une manière un peu handicapée, c’est quelque chose que je connais.

 

David Moreau et le duo de 20 ans d’écart.

LEBLOGFEMMEQUIRIT. A quel niveau êtes-vous intervenue dans le scénario ?

VIRGINIE EFIRA. J’ai écrit beaucoup de choses, de personnages et de scènes et David a pris ce qui l’intéressait. Il y a des choses qui lui ont plu mais qu’il n’a pas prises parce que ça ne racontait pas son film. C’est complètement son film, son scénario et celui de Amro Hamzawi. Mais c’est sûr qu’en travaillant ensemble, on a refait nos structures et retravaillé plein de choses. C’était hyper nécessaire pour moi parce qu’en lisant le scénario, il y avait des choses que je trouvais démentes sur son écriture. Le personnage de Balthazar (Ndlr : Pierre Niney) existait très fort, son père joué par Charles Berling aussi, la drôlerie de ça, l’histoire dans les gros traits me plaisaient mais j’aimais moins certains passages dont je me sentais moins proche. David a mon âge et j’ai bien aimé qu’on puisse témoigner ensemble d’une époque. Et puis il est cinéphile ! En regardant Ils, son premier film qui n’a rien à voir avec la comédie, j’avais vu que c’était quelqu’un qui sait ce qu’est le cinéma. Le travail qu’on a ensuite fait ensemble en amont nous a permis de nous connaître mieux et de fouiller mon personnage. On est allés beaucoup plus loin dans l’intime.

“PARFOIS ON ME PARLE DES COMÉDIES ROMANTIQUES COMME D’UNE TARE”.

LEBLOGFEMMEQUIRIT. Etes-vous consciente qu’il y a une place à prendre dans le registre des comédies romantiques et qu’apparemment c’est tombé sur vous ?

VIRGINIE EFIRA. Oui, ça pour le coup ! En même temps, je n’ai pas fait dix-huit films ! J’ai dû en tourner sept dont trois comédies romantiques. Je suis bien au courant qu’il y a une place à prendre. Ça oui, je fais beaucoup de comédies romantiques !

LEBLOGFEMMEQUIRIT. Ça n’est pas un reproche ! Devenir la Meg Ryan française, ça ne vous séduit pas ?

VIRGINIE EFIRA. (Rires). Ah si, si mais parfois on m’en parle comme d’une tare. Je me dis pourtant qu’il y a des vies plus compliquées que ma mienne.

 

Pas encore dans de beaux draps, mais sur un joli canapé.

LEBLOGFEMMEQUIRIT. Faire rire et rêver comme l’ont fait Julia Roberts, Meg Ryan, Sandra Bullock…c’est une place en or !

VIRGINIE EFIRA. On me dit : «Ah oui, les comédies romantiques, beaucoup et tout !». Moi, je trouve ça génial. C’est un genre qui est plus facilement financé et donc parfois moins exigeant, c’est vrai et c’est vraiment dommage. Arriver à faire rire c’est pas comme une merde collée à ta chaussure ! Pouvoir jouer sur une certaine féminité et qu’il y ait le sentiment amoureux qui est disséqué, c’est plutôt pas mal. Moi, je voudrais la vie de Truffaut et passer ma vie entière à disséquer le sentiment amoureux, je trouve ça formidable ! Donc, oui, je trouve ça super. Après, il faut s’y atteler comme dans 20 ANS D’ÉCART.

“TOUT EST POLITIQUE ET LE CINÉMA L’EST MÊME QUAND C’EST UN FILM POPULAIRE”.

 LEBLOGFEMMEQUIRIT. Le cinéma français produit de plus en plus de comédies romantiques. En quoi 20 ANS d’ECART se distingue-t-elle des productions qui ont essaimé ces dernières années ?

VIRGINIE EFIRA. Tout est politique et le cinéma l’est même quand c’est un film populaire parce que ça raconte quelque chose du monde, du rapport à l’autre, du rapport homme-femme. Souvent dans la comédie romantique, on assiste  à une infériorisation de la femme. (Ndlr : Virginie prend une voix de gourdiflette) «Euh, je voudrais tellement m’engager mais lui il ne veut pas parce qu’il est infidèle et obsédé sexuel». Parce que les femmes ne sont jamais infidèles ou obsédées sexuelles ? Ben non, apparemment. Les femmes ont toujours envie de s’engager, les hommes jamais ! Ben oui, apparemment. C’est vraiment des trucs faciles. Il faut offrir quelque chose de différent. Et là, j’allais bien parce que 20 ANS D’ÉCART parle d’un truc un peu terrifiant à travers ce mot «cougar».

LEBLOGFEMMEQUIRIT. L’acronyme MILF ne vous semble-t-il pas plus violent ?

VIRGINIE EFIRA. A la limite, je préfère MILF peut-être parce que les intentions sont clairement sexuelles et du coup, ça me dérange moins. Il y a presque un truc plus direct et sincère. Au moins, on sait qu’on ne fait pas semblant. Cougar me semble plus étrange. C’est comme si on voulait catégoriser. Pour moi, cela veut dire limiter, ça veut avoir un jugement moral, ça veut dire contenir aussi parce que ça fait vraiment peur. Du coup, on contient et aujourd’hui dans notre société où le sexe est partout et où le plaisir est tabou -et le plaisir féminin, encore plus !-, c’est  une manière de le codifier, de le ranger dans une petite case parce que ce désir est un peu effrayant. Si j’ai une vraie histoire avec Pierre Niney, on m’dira: «C’est un peu bizarre, non ?». Si c’est l’inverse, un comédien avec une fille de vingt ans de moins, on ne se posera même pas la question. Les femmes qui ont vu 20 ANS D’ÉCART sont toutes sorties heureuses de la projection. Certes parce que Pierre a la grâce mais aussi parce que cette manière d’aimer là avec cette jeunesse d’esprit, c’est-à-dire sans avoir peur, est quelque chose qu’on voit absolument à tous les âges.

“CE N’EST PAS PARCE QUE C’EST UNE COMÉDIE QU’ON A UN CONTRAT AVEC LA LAIDEUR”.

LEBLOGFEMMEQUIRIT. Bien qu’ayant étudié le théâtre en Belgique,vous vous êtes fait connaître là-bas comme ici grâce aux émissions de télé que vous avez animées. Comment passe-t-on de la télé au cinéma avec autant d’aisance ?

VIRGINIE EFIRA. Je ne vis pas ça comme un exploit ou alors ce serait un exploit mineur. Je ne me dis pas que je voudrais arriver à ça ou ça mais j’ai envie d’évoluer. Cela veut dire arriver à faire des choses qui vous semblent à chaque fois…on ne peut pas dire «meilleures», ça n’existe pas, mais où vous avez l’impression d’être allée plus en profondeur de ce que vous pouvez donner de vous-même. Je crois très fort que c’est ça le cinéma : essayer d’aller chercher le plus intime de ce que vous avez pour pouvoir toucher l’autre et transmettre quelque chose. Après, faire des retours sur soi et son parcours n’est pas une activité hyper saine pour l’esprit donc il vaut mieux se consacrer à ce qu’ont fait là, ici et maintenant.

LEBLOGFEMMEQUIRIT. Etre tourné sur soi-même c’est un peu le lot des comédiens, non ?

VIRGINIE EFIRA. Ah oui, bien sûr, je n’échappe pas à la règle. Ce serait bien prétentieux de croire une chose pareille. Tu travailles avec toi en permanence et tu es confrontée à ton miroir, c’est un peu spécial. Faut vraiment être très curieux et du coup ça évite trop de questionnement sur soi. Ce qui est super, c’est de pouvoir fantasmer, d’avoir des ambitions hautes sur le cinéma, peu inporte d’où on vient. Je trouvais chouette qu’en me parlant d’intentions de lumière, David mentionne Paul Thomas Anderson (Ndlr : réalisateur américain de Boogie Nights, Magnolia, Punch Drunk Love,There Will Be Blood, The Master) et non de je ne sais qui. Il a de l’ambition esthétique. Ce n’est pas parce que c’est une comédie qu’on a un contrat avec la laideur.

 “AVEC PIERRE NINEY, ON N’A PAS JOUÉ LA COMPLICITÉ, ELLE S’EST INSTALLÉE D’EMBLÉE”.

LEBLOGFEMMEQUIRIT. On sent une belle complicité entre vous et Pierre Niney. Avez-vous également travaillé en amont avec lui ?

VIRGINIE EFIRA. On s’est rencontrés parce qu’il y a eu une audition pour le personnage de Balthazar. David a vu je ne sais combien de garçons. Enormément ! On m’en a présenté une dizaine. C’était un peu bizarre…

C’est dans un night-club qu’elle décide de le mettre en boîte.

LEBLOGFEMMEQUIRIT. Vous avez donné la réplique à chacun des candidats ?

VIRGINIE EFIRA. En effet, je donnais la réplique à chaque fois. Pierre, je l’aimais vraiment bien et je trouvais qu’il correspondait extrêment bien au personnage. Et puis il dégageait quelque chose qui me séduisait beaucoup. On s’est rencontrés sur l’audition puis on a dîné ensemble et en fait, c’est ça la préparation ! Si la préparation d’acteurs c’est de dîner ensemble c’est tranquille, c’est chouette ! Quand Pierre m’a raccompagnée en scooter, j’ai pensé : «Si David était là, il serait trop content et déjà en train de filmer». On n’a pas eu besoin de feindre une quelconque complicité, elle s’est installée d’emblée. On utilise beaucoup le mot complicité, moi, je parlerais plutôt de «communauté d’esprit». Malgré nos âges différents (Ndlr : bientôt 36 ans pour elle, 24 ans dans quelques jours pour lui), malgré nos parcours extrêmement opposés (Ndlr : Virginie Efira a été une star du petit écran, Pierre Niney a intégré à 21 ans la troupe de La Comédie Française), il y a eu une grande compréhension immédiate l’un de l’autre. Et ça me semble assez essentiel quand on veut raconter ce genre d’histoires-là.

LEBLOGFEMMEQUIRIT. Que saviez-vous de Pierre Niney avant de travailler avec lui ?

VIRGINIE EFIRA. Je connaissais son film J’aime regarder les filles (Ndlr: réalisé par Pierre Louf) et sa réputation. J’ai l’impression que Paris est constitué d’impresarios de Pierre Niney. Moi-même depuis que je le connais je suis devenue son impresario ou son agent, je ne sais pas. Je parle de lui en permanence et en bien. Pas par flagornerie mais parce qu’il est très très à part. J’avais lu quelques interviews de lui sur Internet, j’avais vu qu’il était intelligent, vif, qu’il avait de la drôlerie et qu’il avait quelque chose de très gracieux physiquement, voilà.

C’est à quelle page qu’il lui livre ses sentiments?

LEBLOGFEMMEQUIRIT. Qu’y at-il de plus drôle en Pierre Niney ?

VIRGINIE EFIRA. Il a un sens de l’ironie extrêmement fort. On se moque des choses et des gens aux mêmes endroits. Et de nous-mêmes, bien sûr. Il cultive la bonne distance par rapport à la prise de sérieux. A un moment dans la vie, quand on joue tous des personnages et qu’on s’éloigne un peu de nous-mêmes, Pierre entend ça et il le répercute. Il est très vif et il a de l’esprit. Tout est drôlerie chez lui et il est libre par rapport à ça. Il n’essaie pas de plaire forcément avec son humour. Il peut même être méchant mais dans cette cruauté qui est géniale. Je ne suis pas en train de dire qu’il est méchant mais qu’il sait éviter cet humour consensuel et chiant. Il est vraiment très très drôle. Il n’y a pas eu besoin de faire exister à l’écran, cette complicé ou plutôt communauté d’esprit qui s’est installée d’emblée entre nous. Du coup, on a pu passer à autre chose.

“LE TOURNAGE DE LA SCÈNE DE LIT EST UN SUPER BON SOUVENIR”

LEBLOGFEMMEQUIRIT. Une complicité bien utile lorsqu’on doit tourner des scènes dans un lit. Celle qui vous réunit tous les deux est assez cocasse. Quand intervient-elle dans le planning de tournage ?

VIRGINIE EFIRA. On l’a tournée au quatrième jour. On était en peignoir, chaussés de ces horribles petites pantoufles d’hôtel dégueulasses que je déteste ! C’était très drôle on aurait dit qu’on allait tous les deux sur le tournage d’un film érotique ou je ne sais quoi. En fait, c’est un super bon souvenir. Moi, je n’ai pas une grande habitude de ça, Pierre non plus. C’est un peu intimidant quand même. En plus, il y avait de la drôlerie à mettre là-dessus mais il fallait aussi qu’il y ait une vérité. Ce n’est pas un film burlesque, il fallait donc qu’on sente le rapport charnel et puis que ça parte en comédie au moment où, pour éviter de jouir, Balthazar cite les noms de Merkel, Mélenchon…En lisant cette scène, je n’y croyais pas. David l’a tenue. Je disais : «Non, je ne crois pas que ça puisse se passer comme ça dans la vie. S’il fait ça, la fille va lui dire de reprendre ses p’tites affaires et d’aller voir maman!». Et en fait, ça marche super fort parce que Pierre le joue au premier degré. On est quand même à moitié à poil, Pierre  est sur moi et me dit : «Je vais m’asseoir, je vais devoir faire le mouvement en même temps que ma réplique, ok ?». Moi, je dois simuler le coït au moment où il fait sa « blague ». Je suis partie dans un fou rire et je lui ai niqué sa première prise. C’est pas normal de se retrouver dans ces situations, vraiment pas normal. On ne peut pas vivre comme ça, donc je pleurais de rire.

Il l’emmène en scooter, elle le mène en bateau.

LEBLOGFEMMEQUIRIT. Certains réalisateurs de comédies demandent parfois trente prises, c’était le cas pour cette scène de lit ?

VIRGINIE EFIRA. Oh, non, pas tant que ça. On tournait en scope, en argentique, pas en numérique donc la pellicule coûte cher, alors on n’a pas pu faire beaucoup de prises. David était très vigilant : il tenait à ce qu’il y ait de la complicité entre ses acteurs mais aussi un certain sérieux. Parfois quand on a peur de se faire gronder on a encore plus envie de rire. J’ai du me reprendre assez rapidement et simuler l’orgasme après tous les Mélenchon, Merkel… mais pas de manière rigolote, vraiment le faire. Et en fait, ça passe parce qu’il y a l’élégance de Pierre qui fait que du coup c’était très marrant.

“J’AIME BIEN QUAND ON CONSIDÈRE L’INTELLIGENCE ET QUE TOUS LES PERSONNAGES ONT DE L’ESPRIT”.

LEBLOGFEMMEQUIRIT. Qu’est-ce qui vous fait rire ?

VIRGINIE EFIRA. (Elle réfléchit longuement). Oh lala…

LEBLOGFEMMEQUIRIT. Quelles comédies vous ont donné envie de devenir comédienne ?

VIRGINIE EFIRA. (Elle esquisse un large sourire et lâche un soupir de soulagement). Ah ! Au tout départ, je pense aux comédiennes que j’aimais petite. Marilyn évidemment ! Certains l’aiment chaud  de Billy Wilder est un film qui me faisait extrêmement rire. Marilyn est une actrice qui jouait avec une féminité très exacerbée et en même temps un peu défaillante. Elle avait un grand sens comique et le film est merveilleux. Un peu plus tard, je me souviens c’était en 1990, Pretty Woman. Julia Roberts avait une telle présence ! On avait l’impression que cette grande bouche, ces grandes jambes, ces grands bras…tout cela avait un côté pschitttt comme Omar Sy, l’explosion ! Elle était très très en vie. Ça m’a animée très fort ! J’aimais bien ça. Ensuite, je pense aux comédies romantiques qu’on m’a fait découvrir comme Indiscrétions de Cukor, les films de Mankiewicz, Capra qui sont extrêmement drôles et nourris de cette langue particulière. L’Impossible Monsieur Bébé d’Howard Hawks… Katharine Hepburn est tellement drôle, d’une finesse de mouvement et la langue est pleine d’esprit. J’aime bien quand on considère l’intelligence et que tous les personnages ont de l’esprit. Après, comme tout le monde, les frères Farelly, Judd Apatow aussi bien comme réalisateur (En cloque, mode d’emploi, 40 ans toujours puceau,) que comme producteur (American trip) ou scénariste (Rien que pour vos cheveux).

LEBLOGFEMMEQUIRIT. Quelles comédies françaises vous ont émue ou fait rire récemment ?

VIRGINIE EFIRA. Cette année, j’ai vraiment adoré trois comédies. Radio Stars de Romain Lévy, bien écrit, drôle, hyper touchant et porté par un truc hyper juste. Adieu Berthe ou l’enterrement de Mémé de Bruno Podalydes. J’ai écrit à Podalydes que je connaissais déjà un tout p’tit peu avant, parce que vraiment son film m’a remplie et qu’il parle de choses auxquelles je crois très fort : l’importance de l’illusion, de s’élever un peu au-dessus de la médiocrité… Adieu Berthe me fait mourir de rire ! Tous les rôles sont excellents, l’écriture est incroyable. C’est super drôle ! Et Camille redouble de Noémie Lvovsky est aussi un film très drôle. Il parle de sujets très sérieux, mélancoliques, parfois un peu tristes sur l’adolescence qui est derrière, le renoncement à certains rêves, l’importance du souvenir… Ce moment avec sa mère est tellement touchant. Ces films-là où il y a ça et derrière un rire qui vient tout contredire, c’est dément, j’adore ça !

 

Belle mais pas tout à fait Rebelle.

“PLUS JEUNE, MA RONDEUR APPELAIT À QUELQUE CHOSE DE BIZARREMENT INNOCENT”.

LEBLOGFEMMEQUIRIT. Beaucoup prétendent que les jolies comédiennes peinent à être drôles. Est-ce qu’on peut dire que vous êtes drôle parce que vous parvenez à être en déconnexion par rapport à votre plastique et cette féminité ?

VIRGINIE EFIRA. Je crois que si je peux m’attribuer quelques qualités, elles ne viendraient pas de ma nature mais de mon pays. Franchement, en Belgique, on n’est pas tous super chouettes et super humbles et tout… mais la ville de Bruxelles est moins puissante que Paris et répond à moins de schémas et de codes. Du coup, le jeunisme est un truc qui existe moins. On est très fort débarrassés de l’idée de se trimballer avec un statut tout le temps. L’autodérision depuis la nuit des temps est presque obligatoire en Belgique parce que c’est un tout petit pays divisé en deux langues et la Belgique francophone est à côté d’un grand pays dont l’histoire est importante. Louis XIV, Molière, Balzac…Il y a un peu moins de Molière et de Balzac chez nous, du coup il y a une obligation de se dire : «Oh ben nous, c’est pas très important». Ça amène parfois des choses un peu chiantes. Par exemple, je peux aller parfois vers du dénigrement, ce qui n’est pas forcément un truc très bien. Et il y a des choses qui sont assez chouettes sur l’autodérision. Du coup, oui, c’est sûr que jouer des situations de ridicule ne m’effraie pas. De toutes façons, je vois très vite le pathétique et le ridicule chez une femme qui décide de mettre sa féminité en avant en la prenant très au sérieux …même si parfois je peux aussi aimer ça.

LEBLOGFEMMEQUIRIT. Compte tenu de votre physique et de votre voix, quels rôles vous attribuait-on lorsque vous édudiiez le théâtre en Belgique ?

VIRGINIE EFIRA. Plutôt les jeunes premières et pas forcément du comique d’ailleurs. Ma rondeur appelait à quelque chose de bizarrement assez innocent.(Ndlr : elle éclate de rire) Hé, c’était il y a longtemps !

“MAINTENANT C’EST LA DOUCEUR QU’ON ASSOCIE À MA PERSONNALITÉ”.

LEBLOGFEMMEQUIRIT.(Rires). Pourquoi bizarrement ?

VIRGINIE EFIRA.(Rires). Oui, hier c’était l’innocence; maintenant c’est la douceur qu’on associe à ma personnalité mais je sais très bien que je me connais. J’espère en avoir un peu mais je sais qu’il existe des choses plus coupantes aussi. Dans le positif et le négatif.

LEBLOGFEMMEQUIRIT. Vous êtes de ces tempéraments comiques qui cachent une grande détresse ?

VIRGINIE EFIRA. Non, mais j’ai comme tout le monde des aspérités qu’on veut bien voir ou pas, fouiller ou pas. Ces derniers temps, on me propose des choses un peu différentes. Il y a des choses plus mélancoliques et j’aime cette idée. Je peux avoir comme ça une forme de jovialité sympathique mais on n’va pas non plus tirer là-dessus pendant mille ans. Ce qui est bien c’est quand ça devient un masque qui cache. Ce qui est bien c’est les contradictions, il n’y a que ça d’intéressant donc il faut essayer d’aller vers les choses qui mettent en avant ces contradictions.

LEBLOGFEMMEQUIRIT. Et quel réalisateur saurait le mieux mettre en avant vos contradictions ?

VIRGINIE EFIRA. Euh…(Ndlr: elle s’empare du magazine Première posé sur mon sac et regarde la photo de Jean Dujardin en couverture en réfléchissant).

“J’ESSAIE DE TRAVAILLER À M’ESTIMER PLUS”.

LEBLOGFEMMEQUIRIT. Avec qui aimeriez-vous tourner ? Les frères Podalydes, par exemple ?

VIRGINIE EFIRA. Oui, mais c’est bizarre. Je ne sais pas si c’est un complexe ou si c’est normal mais quand je dis que j’ai aimé cette année Podalydes, Lvovsky, Leos Carax… je ne me dis pas : «Je voudrais tourner avec eux». Je n’ai pas cette conception. Je pense que les choses viennent de manière cohérente si on est porté par une curiosité qui est juste et qu’on l’écoute. Je serais incapable en interwiew de dire cette phrase «J’aimerais tourner avec X ou Y» parce que ça ne m’intéresse que lorsqu’il y a du désir des deux côtés. Sinon j’aurais l’impression de dire : «Je crois que c’est bien pour vous de tourner avec moi». Ce qui est impossible pour moi. En revanche, j’essaie de travailler à m’estimer plus.

Charles Berling et Pierre Niney: le père aime les jeunes coups, le fils aime une cougar.

LEBLOGFEMMEQUIRIT. Et quelles sont vos ambitions au cinéma ?

VIRGINIE EFIRA. Ce que j’ai envie de faire ? J’ai envie de travailler avec des gens pour qui c’est essentiel. Ce qui m’a touchée chez David, c’est que c’était important pour lui de faire ce film. Ça doit être une question de vie ou de mort. J’exagère un peu mais c’est pas parce que c’est une comédie qu’il faut renoncer. Il faut y aller, avoir de l’ambition, avoir de l’envie et que ce soit contagieux. C’est essayer de partager une certaine vision du cinéma et une vision du monde. Oui, il faut que ça soit haut, il faut essayer d’avoir des grands rêves, des grandes envies donc j’aimerais pas du tout appartenir à UN genre de cinéma. J’espère qu’il y aura de la variété dans mon évolution sinon je fais autre chose, hein, franchement ! Parce que ce qui m’intéresse c’est l’échange et je veux que l’échange s oit placé à un certain niveau de croyance. Je n’ai pas envie de participer à une espèce d’entreprise cynique où on va, on fait le truc et on se dit (Ndlr : elle prend une grosse voix) : «Où est-ce qu’on bouffe ce soir ?». Bon, c’est très important de savoir où on bouffe le soir, aussi mais il faut qu’il y ait de l’entrain, qu’on ait envie de faire des choses, qu’on ait une forme d’originalité, sinon c’est emmerdant.

LEBLOGFEMMEQUIRITVous regardez cette photo de Dujardin avec beaucoup d’intérêt. Lui aussi a gagné sa popularité grâce à la télé. C’est un parcours qui vous inspire ?

VIRGINIE EFIRA. C’est marrant parce que je regarde cette couverture avec Jean Dujardin et je pense à Möbius que j’ai vu. Cécile de France est démente dans le film. C’est chouette d’avoir un film qui fait appel à une certaine séduction et à quelque chose de tendu en même temps. Ah ça, ça m’exciterait très fort ! Evidemment !

LEBLOGFEMMEQUIRIT. Quels sont vos projets au cinéma ?

Sortie le 27 mars 2013.

VIRGINIE EFIRA. Il y a Dead Man Talking de Patrick Ridremont (Ndlr : prévu pour le 27 mars, ce film a été réalisé par l’ex-mari de Virginie Efira, le comédien belge Patrick Ridremont), Les Boulistes de Frédéric Berthe (1er mai). J’ai tourné En Solitaire de Christophe Offenstein avec François Cluzet et Guillaume Canet (sortie le 6 novembre) qui n’est pas une comédie. En septembre, je tournerai Sage Femme de Mabrouk El Mechri. On se connait pas mal en fait (Ndlr : le talentueux réalisateur de JCVD et de la série Maison close est le compagnon de Virginie Efira et le papa du bébé attendu pour mai). Du coup, je sais qu’il va aller chercher ailleurs et que je ne vais pas être sur de la superficie ou de la représentation.

ETRE DRÔLE PERMET DE VIVRE DES ÉCHECS D’UNE MANIÈRE BEAUCOUP PLUS LÉGÈRE”

LEBLOGFEMMEQUIRIT. Qu’y a t-il de plus drôle en Virginie Efira?

VIRGINIE EFIRA. Euh, qu’est-ce qu’il y a de plus drôle en moi…(long silence). Je sais pas ce qu’il y a de plus drôle.

LEBLOGFEMMEQUIRIT. Vos amis vous disent-ils que vous êtes drôle ?

VIRGINIE EFIRA. Ah oui, et d’ailleurs j’aime bien. J’aime bien quand je fais rire évidemment mais malgré tout j’ai l’impression que c’est quand on ne le désire pas qu’on est le plus drôle. Ce qui est sûr, c’est que je ne cherche pas à être celle qui parlera le plus à un dîner. Ce qu’il y a de plus drôle en moi, c’est surtout les gens que je fréquente. Manu Payet est l’une des personnes les plus drôles que je connaisse, Gaspard Proust, Nicolas Bedos… sont des gens très drôles, un peu cruels et tout. Je les aime bien. Etre drôle c’est se demander: est-ce que tout cela est vraiment très important ? Et arriver quand même à prendre de la distance là-dessus. Ça permet de vivre des échecs ou des moments d’égarement de manière beaucoup plus légère et de faire de tout quelque chose. Ça, je sais faire. Je sais que dans un endroit coincé, un endroit de convenance, il faut avoir le regard un peu oblique. Si tu as ce regard tu en fais quelque chose. J’espère avoir cette qualité-là et pouvoir en faire profiter les gens avec qui je suis. En tout cas, moi j’ai ça des autres.

“JE DÉTESTE LES RÉUNIONS MASCULINES ET LES RÉUNIONS D’ŒSTROGÈNES”.

Sortie le 6 novembre 2013.

LEBLOGFEMMEQUIRIT. Vous pensez qu’il y a un humour féminin et un humour masculin ?

VIRGINIE EFIRA. Hum, non. Je déteste les grosses réunions masculines comme je déteste les grosses réunions d’œstrogènes. Les deux me semblent pathétiques même si j’ai plus d’indulgence pour les réunions féminines. Les grosses réunions où se répand l’amitié virile, ce n’est pas forcément un truc qui m’inspire. Je fréquente énormément de filles qui sont très fort des garçons et énormérent des garçons qui sont très fort des filles, mais alors les blagues de mecs(Ndlr : elle prend une grosse voix), d’hétérosexuels moyens, non, ça non c’est pas trop mon truc. En fait, je ne sais même pas ce que c’est ! Je ne crois pas qu’il y a un humour féminin ou masculin. Vous pensez qu’il y a un humour féminin et un humour masculin, vous ?

LEBLOGFEMMEQUIRIT. Non, absolument pas mais j’aime poser cette question.

VIRGINIE EFIRA. Maintenant, il y a des regards, des points de vue parce que, c’est sûr, on est élevé encore aujourd’hui selon des schémas même si on tend vers un mélange et que l’identité sexuelle est quelque chose qui est heureusement en mouvement. Dire, par exemple, que quand c’est graveleux ou quand ça a trait à des questions sexuelles ce serait plus masculin que féminin, je peux dire que non. Je trouve justement très drôle quand les femmes se réattribuent des choses qui sembleraient être réservées aux hommes.

 

SYNOPSIS : Alice Lantins a 38 ans. Elle est belle, ambitieuse et fait preuve d’une impeccable conscience professionnelle au point d’en oublier sa vie privée. Bref, elle a tout pour devenir la prochaine rédactrice en chef du magazine “Rebelle”, tout sauf son image de femme un peu trop sérieuse. Mais lorsque le jeune et charmant Balthazar, à peine 20 ans, va croiser le chemin d’Alice, le regard de ses collègues va inexplicablement changer. Réalisant qu’elle détient la clef de sa promotion, Alice va feindre la comédie d’une improbable idylle.

20 ANS D’ÉCART film de David Moreau (durée 1h33) avec Virginie Efira, Pierre Niney de La Comédie Française, GIlles Cohen, Amélie Glenn, Charles Berling, Michael Abiteboul, Camille Japy.

Les photos qui illustrent le film ont été shootées par Magali Bragard pour EUROPACORP – ECHO FILMS – TF1 FILMS PRODUCTION.

 

 


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