“Une rencontre”, explique Lisa Azuelos,n’est pas un film sur l’adultère mais sur une vibration”.

J’ai adoré Une rencontre, le film de et avec Lisa Azuelos, Sophie Marceau, François Cluzet. Tellement que  j’ai voulu interroger la réalisatrice sur l’amour, Marceau, Cluzet, Amma et tout ce qu’elle associe à cette rencontre.

{Vous avez aimé cette bande-annonce, découvrez, plus bas, un extrait du film }

Elle est écrivain il est avocat. Mère de trois enfants, elle met un point final à son divorce tandis qu’il vit un mariage des plus heureux auprès de la mère de ses deux enfants. Un soir, à Rennes, à la faveur

d’un cocktail ils sont foudroyés l’un et l’autre, l’un par l’autre. Romancière à succès, elle décide d’écrire leur histoire à sa façon. Sans râture ni bavure… donc sans histoire(s). De son côté, le ténor du barreau ne trouve pas de meilleure défense que la fuite.

F. Cluzet a une ouverture avec S. Marceau… pas sûr qu’il s’y engage. © Pathé Films.

Cette histoire de cinéma va parler à beaucoup de gens, moi la première parce que j’ai vécu une histoire similaire. Je n’m’étendrai évidemment pas là-dessus. Si je commençais, il faudrait aussi que je vous parle du mot Rencontre et de ce qu’il implique pour ceux, comme moi, qui pratiquent la sophrologie. Il faudrait aussi que je vous parle d’Amma…

Revenons au film. J’ai été troublée par Une Rencontre de Lisa Azuelos dont j’aime par ailleurs beaucoup les longs et les courts métrages (je vous ai parlé il y a quelques semaines de 14 millions de cris et vous en reparlerai encore*). C’est un beau film remarquablement interprété par Marceau et Cluzet et qui donne à ce dernier une autre dimension. On savait son sourire et son regard pétillant pleins de bonté et de générosité, le comédien sait instiller le trouble et l’incandescence d’une manière plus sensuelle que d’habitude. On savait  Cluzet grand comédien plein de charme, il entre désormais dans la catégorie des séducteurs. Hugh Grant devrait se méfier…

“UNE RENCONTRE N’EST PAS UN FILM SUR LA  BAISE, LE CUL OU L’ADULTÈRE MAIS SUR UNE VIBRATION QUI S’EXPRIME À DIFFÉRENTS PLANS”

La réalisatrice Lisa Azuelos ©David Koskas.

 

LEBLOGFEMMEQUIRIT. Votre film s’appelle Une rencontre, est-ce en référence au film Brève rencontre de David Lean ?

LISA AZUELOS. J’ai vu Brève rencontre le film de David Lean après avoir écrit le mien. Au départ, je l’avais appelé Des gens bien, c’était un bon titre mais ça revêtait une connotation morale qui n’était pas inscrite dans mon propos. Mais c’est vrai que Brève rencontre m’a beaucoup confortée dans le fait qu’il y avait vraiment un sujet autour de ça.

LEBLOGFEMMEQUIRIT. En anglais, le film s’appellera QUANTUM LOVE (c’est également le titre du roman que publie le personnage de Sophie Marceau). Cela veut-il dire qu’Une rencontre qui sort ces jours-ci en France est déjà vendu aux USA et dans des pays anglophones où vous avez eu du succès grâce à L.O.L® ?

LISA AZUELOS. Non ça n’a pas été pensé comme ça. Il est sélectionné pour le ColCoa, le festival de Los Angeles où il sera effectivement présenté sous le nom de Quantum Love donc les Américains vont le voir. Après, on verra la carrière qu’il aura là-bas.

LEBLOGFEMMEQUIRIT. A propos du cinéma américain, on sait combien les producteurs et réalisateurs restent prudents et pudiques avec les questions d’adultère. Avez-vous tenu compte de cette donnée en écrivant votre scénario ? L’avez-vous écrit en pensant au marché américain?

LISA AZUELOS. Non, j’écrivais jour après jour sans savoir ce que j’allais écrire, à part les enchaînements. J’avais en tête de juxtaposer une scène avec lui, une scène avec elle et de rester fidèle à cette histoire d’amour quantique.

LEBLOGFEMMEQUIRIT. Que vous définiriez comment ?

LISA AZUELOS. C’est une notion peu connue en France et mieux perçue par les Anglo-Saxons. La physique quantique parle de l’aspect multidimensionnel de l’univers et je pense que pour l’amour, c’est la même chose. Une vraie rencontre brouille nos repères habituels et mélange passé, présent et futur. C’est comme si, soudainement, ces trois temporalités se retrouvaient condensées. C’est pour cela que ça produit un tel choc. Dans Une rencontre, quand Pierre (François Cluzet) rencontre Elsa (Sophie Marceau), il a des images de sa femme, de son passé, de leur avenir aussi, de tout ce que cette déflagration risque de produire de beau et merveilleux comme de médiocre et d’irrémédiable.

 “SI MES FILMS VOUS FONT RIRE CE NE SONT JAMAIS DES PITCHS COMIQUES À LA BASE”.

LEBLOGFEMMEQUIRIT. Dans tous vos scénarios qu’il s’agisse de 15 août, Comme t’y es belle ! ou de L.OL® vous parlez du couple et de l’amour mais toujours à travers le prisme de la comédie. Là, vous signez une grande et belle histoire d’amour, non dénuée d’humour mais qui ne s’inscrit pas dans la pure comédie. Pourquoi ce choix ?

LISA AZUELOS. En fait, j’avais vraiment pas envie de faire une comédie. J’ai rarement envie de faire des comédies. Les histoires de mes films sont un peu glauques…(Ndlr silence)

LEBLOGFEMMEQUIRIT. Vous plaisantez ?

LISA AZUELOS. Si, je vous assure, c’est triste mais je les mets en comédies. Et il se trouve que quand on parle d’amour ça passe mieux mais le fond est triste.

©Pathé Films

LEBLOGFEMMEQUIRIT. Jamais il ne me viendrait à l’idée de qualifier L.O.L® ou Comme t’y es belle ! de glauques. Ni 15 août que vous n’avez pas réalisé mais que vous avez écrit.

LISA AZUELOS. Quand je dis glauque, eh bien, je pense à tous ces moments dans L.O.L.® où ça clashe entre la mère et la fille,  au fait  qu’elles s’aiment mais qu’elles ne se comprennent pas et c’est dur. Dans Comme t’y es belle !, elles sont toutes à s’interroger sur l’amour. Entre celle qui espère, celle qui doute, celle qui veut, qui n’ose pas, qui hésite, qui subit…C’est vrai que la vie, en général, ne se passe pas comme on veut. On n’est pas obligé d’en pleurer, on peut en rire, c’est le tournant que j’ai pris. Mais si mes films vous font rire ce ne sont jamais des pitchs comiques à la base.

LEBLOGFEMMEQUIRIT. La scène de la première rencontre est un bijou d’écriture et de comédie. Comment l’avez-vous construite ? A t-elle été difficile à écrire ? Est-ce la première que vous avez écrite en rédigeant votre scénario ?

LISA AZUELOS. Oui, je l’ai écrite en premier. Je voulais quelque chose d’assez fluide. Je ne voulais pas qu’on les présente l’un à l’autre de façon formelle mais plutôt les placer dans une soirée où l’on rencontre des gens que l’on ne s’attend pas à rencontrer. Je voulais que l’on trouve François Cluzet et Sophie Marceau l’un en face de l’autre comme si le film avait démarré depuis dix minutes déjà.

JE FAIS DANSER MARCEAU ET CLUZET CAR POUR MOI, L’ALCHIMIE DE L’AMOUR, C’EST UNE DANSE”.

LEBLOGFEMMEQUIRIT. Julien, l’éditeur d’Elsa et ami proche de Pierre dit : “Entre fumeurs de joints vous avez sûrement des milliards de choses à vous dire”, cette phrase fait l’effet de ce dont elle parle : un désinhibant…

LISA AZUELOS. C’était ma seule direction d’acteurs. Je leur ai dit : “Jouez comme si vous aviez 15 ans1/2, comme si vous étiez des ados”. C’était ça l’esprit de cette scène.

Sophie Marceau © Pathé Films

LEBLOGFEMMEQUIRIT. Le personnage de Sophie Marceau dit : “J’ai trop de respect pour les femmes pour coucher avec des hommes mariés”. Est-ce une déclaration féministe ?

LISA AZUELOS. Ouais. Disons que le féminisme est un mot qui a été trop utilisé pour trop de causes et, à mon avis, pas toujours bien placées même si les évolutions et les révolutions sont nécessaires. J’aime bien le terme sororité qui est le pendant de fraternité et qu’on n’utilise pas tellement. C’est cet esprit-là qui prime. Le nouveau féminisme c’est de sentir combien une femme peut en aimer une autre et comment ce lien fraternel (peut-être devrais-je dire “sororel“ ?) entre femmes peut vraiment faire évoluer les choses. Il peut y avoir aussi un lien fraternel avec les hommes. C’est le féminin des uns qui accompagne le masculin des autres et vice versa et ce lien est beau à entretenir et faire évoluer.

“SOPHIE ET FRANÇOIS SONT  DEUX GRANDS ACTEURS, JE N’AVAIS PAS GRAND CHOSE À LEUR DIRE”.

LEBLOGFEMMEQUIRIT. Votre film est un teaser pour l’acte sexuel. Tout au long on salive et on n’a qu’une envie c’est de voir Cluzet et Marceau se glisser dans un lit. L’attente est terrible, presque aussi palpitante que dans un thriller. Et le couple est magnifique ! Comment êtes-vous parvenue à une telle alchimie entre eux deux ?

LISA AZUELOS. En fait, comme ce sont deux grands acteurs, je n’avais pas grand chose à leur dire. En revanche, l’alchimie ce n’est pas quelque chose qui se joue. C’est la grande inconnue du film. Quand j’ai vu que ça fonctionnait entre Sophie Marceau et François Cluzet, on a travaillé ensemble le scénario. J’ai pris le prétexte de la boîte de nuit pour leur demander de danser. Comme je voulais que les choses soient bien cadrées, je leur ai dit qu’ils auraient des cours de danse. Sophie m’a dit : “Je sais danser”; François a répondu : “Oh lala, je n’sais pas faire ça, moi”. J’ai prétendu qu’il y avait une chorégraphie… en fait, je m’en foutais ! Je voulais qu’ils soient à l’aise et parlent d’autre chose que du film. Je voulais qu’il soient dans le physique. Ils ont appris à danser ensemble. Pour moi, l’alchimie de l’amour, c’est une danse.

JE NE PROJETTE PAS DE FANTASME D’HOMME SUR SOPHIE MARCEAU, J’AI UN LIEN DE SŒUR AVEC ELLE”.

LEBLOGFEMMEQUIRIT. Sophie Marceau et vous avez tissé une belle complicité depuis L.O.L®, vous la filmez avec beaucoup de pureté, de douceur et d’amour même dans le détail d’un mollet, d’une cheville, d’un ventre ou de ses seins. On la savait belle mais sous votre regard elle est absolument radieuse.

LISA AZUELOS. Je pense que cela vient du fait que je ne suis pas un homme. Je n’ai pas envie que Sophie Marceau souffre de mon regard. Je ne projette pas de fantasme d’homme sur elle, je ne projette pas non plus de fantasme de femme sur elle. Par contre, je suis en toute sororité comme je le disais plus haut, c’est un lien de sœur que j’ai avec elle. C’est un lien de famille. Moi, je suis très heureuse quand mes amies ou mes filles sont belles et je n’hésite pas à le leur dire avec la plus grande joie et la plus grande fierté. Je n’ai pas à en être fière et ça ne me rapporte rien mais ça me fait plaisir quand je trouve beaux les gens que j’aime et que je peux le leur dire. Sophie, j’ai voulu la montrer sous cet angle-là parce que cette douceur et cet amour que vous évoquez, c’est ce que je ressens pour elle. On se porte l’une sur l’autre un regard extrêmement bienveillant. J’avais envie qu’elle s’en porte mieux et mieux elle se porte mieux je me porte moi-même. C’est une sorte de cercle vertueux et c’est comme ça que ça doit être dans la vie : s’accompagner pour le meilleur.

LEBLOGFEMMEQUIRIT. Est-ce justement parce que vous ne projetez pas de fantasme d’homme sur Sophie Marceau que ce sont les fesses d’Hugo, son jeune amant ( Niels Schneider) et non les siennes que vous filmez dans la scène du lit à l’hôtel? D’ailleurs, elle n’est pas nue, elle porte une chemise, lui pas.

LISA AZUELOS. Au départ, je voulais démarrer sur le garçon avec un texte disant :“Et mes fesses, tu les aimes mes fesses ?”

LEBLOGFEMMEQUIRIT. Précisons que c’est une phrase culte prononcée par Brigitte Bardot dans Le Mépris de Godard.

LISA AZUELOS. Oui et ça aurait été génial mais ça déséquilibrait beaucoup le film car c’est une scène beaucoup plus longue que celle dont j’avais besoin. Je n’ai pas pu aller au bout de ça mais j’y reviendrai.

JOUER LA SÉDUCTION? CLUZET PORTAIT ÇA EN LUI PARCE QU’IL EST HEUREUX ET AMOUREUX DANS LA VIE”.

 LEBLOGFEMMEQUIRIT. Comment s’est fait le choix de François Cluzet ? Vous êtes coproductrice de ce film, j’imagine donc qu’on ne vous l’a pas imposé.

LISA AZUELOS. Non, je l’ai choisi. Pour ce rôle, il fallait un mec à la fois crédible en père de famille marié depuis quinze ans, installé comme avocat réputé etc…et en même temps, qu’on l’imagine capable de péter un plomb à n’importe quel moment. Et que rien ne soit sûr. Très peu d’acteurs peuvent donner ça.

LEBLOGFEMMEQUIRIT. Sans compter que ce jeu tout en douceur et séduction est un registre dont François Cluzet n’est pas coutumier.

LISA AZUELOS. Oui mais je pense qu’il portait ça en lui. Je pense que les rôles n’arrivent pas par hasard aux gens. Cluzet vient de se marier, il est heureux dans sa vie d’homme et très amoureux de sa femme. Dans sa vie privée, il vit ça et finalement, c’est normal que ça lui arrive dans sa vie d’acteur aussi. Souvent ça matche.

 

Darshan-L’Etreinte de Yan Kounen.

LEBLOGFEMMEQUIRIT. Dans une scène où François Cluzet prépare le repas de son fils, on voit en arrière-plan, à la télé, un reportage sur Amma. Un peu plus tard, Sophie Marceau, dans les bras de Cluzet, évoque cette figure spirituelle adulée en Inde et de par le monde, dont le geste le plus connu est l’étreinte qu’elle accorde à des milliers de gens. En quoi était-il important pour vous de donner une petite place à celle qui a fait de l’Amour sa religion ?

LISA AZUELOS. Alors là, je dois vous dire que vous êtes enfin la première journaliste à me poser la question ! Après cinquante interviews, sachez que vous êtes la seule à m’en parler. Si vous me posez la question c’est que vous devez avoir une sensibilité à cela. L’amour dont je parle dans Une rencontre, ce n’est pas la baise, le Q… parce que ça, on l’a déjà fait dans plein de films. On ne parle quasiment pas d’adultère, en fait. On parle de vibration, d’amour qui peut s’exprimer sur plein de plans : physiques, mentaux, spirituels, moraux etc…

LEBLOGFEMMEQUIRIT. Vous avez rencontré Amma ?

LISA AZUELOS. J’ai écrit et tourné le film avant d’aller la voir. J’avais entendu parler d’Amma par Yan Kounen qui a fait un film sur elle. J’ai retrouvé, par hasard, quelqu’un qui la connaît, la suit et m’a proposé de la rencontrer. J’y suis allée et c’est vrai, l’énergie que dégage Amma est au-delà des mots. Et ça va avec ce que je disais : la figure d’amour, la figure féminine.

LEBLOGFEMMEQUIRIT. Et l’intention du film c’était de parler de toutes ces formes d’amour ?

LISA AZUELOS. Exactement. L’idée du film c’est que quand François Cluzet est avec Sophie Marceau on a envie qu’il couche avec et quand il est avec sa femme, on a envie qu’il reste avec elle. Du coup, on ne peut plus juger. C’est important pour moi de ne pas juger. L’amour d’Amma est un amour qui nous éveille à l’amour originel, en fait. Et ça c’est important. Il y a bien un pays où l’amour est éternel, au fond de nous. Amma c’et une qualité d’amour, un ciel bleu au-delà des nuages, et qui d’ailleurs se moque des nuages. Juste un état de bonté permanent.

A 15 ANS, JE DEVAIS TOURNER AVEC PARTICK DEWAERE DANS BEAU-PÈRE MAIS MES PARENTS ONT FLIPPÉ”.

 LEBLOGFEMMEQUIRIT. Le personnage de François Cluzet dit : “Je ne sais pas ce qui me fait le plus peur : te revoir ou ne plus jamais te revoir” et Marceau répond : «Moi, c’est les deux». S’agit-il de peur ou de mal ?

LISA AZUELOS. J’ai toujours tendance à penser que la peur fait plus de mal que le mal lui-même. Je n’aime pas le dicton “Il y a plus de peur que de mal”. C’est débile ! En fait, la peur ne fait pas moins mal car elle se distille plus longtemps. C’est vrai que Cluzet est dans ce choix-là et Marceau sait qu’elle a ouvert son cœur à quelqu’un de pas disponible. Dans tous les cas de figure, lui parle de peur et elle parle déjà de mal.

 

Lisa Azuelos et François Cluzet © Roger Do Minh Pathé films.

LEBLOGFEMMEQUIRIT. On vous avait aperçue dans le rôle d’une psy dans L.O.L® et là vous avez un vrai rôle. Pourquoi être passée devant la caméra ?

LISA AZUELOS. En fait, je devais jouer mon premier rôle à quinze ans dans Beau-père de Bertrand Blier…

LEBLOGFEMMEQUIRIT. Carrément ! Face à Patrick Dewaere !

LISA AZUELOS. Oui et puis une semaine avant le tournage mes parents ont flippé. Ils se sont retirés du projet et moi avec puisque je n’avais pas l’âge de décider. Ce qui m’avait un peu traumatisée car je me disais que j’avais un destin, là, et que je ne l’ai pas joué. En préparant le film, j’étais à une période de ma vie où j’avais envie que tous les destins se réunissent. Par ailleurs, je n’avais pas d’actrice pour ce rôle.

SI JE TOURNE À LONDRES C’EST PARCE QUE JE SUIS PERSUADÉ QUE J’Y RENCONTRERAI L’HOMME DE MA VIE”.

LEBLOGFEMMEQUIRIT. C’est si difficile que ça de caster quelqu’un pour le rôle de la femme de Cluzet ?

LISA AZUELOS. Quand je proposais des noms à François, il me disait non et n’en voulait pas. De mon côté, j’en avais marre d’être dans l’écriture, la pensée, le mental… j’avais besoin de quelque chose de plus physique, de plus corporel. Il y a un moment où on veut mettre de côté les mots qu’on aligne. J’avais envie de passer dans le corps, le geste et de prendre les autres dans mes bras.

LEBLOGFEMMEQUIRIT. Et alors, comment c’est de glisser d’un côté à l’autre de la caméra ?

LISA AZUELOS. C’est flippant de faire les deux. C’est pas le même cerveau mais deux cerveaux qui entrent en bataille : l’un veut tout contrôler, l’autre prône le lâcher-prise. Mais c’était génial, je ne le regrette pas du tout ! J eme suis vraiment donné le rôle que j’avais envie de jouer. Je voulais être un personnage neutre, être madame tout-le-monde. C’était possible puisque le public ne me connaît pas physiquement. Et du coup ça permettait à toutes les femmes mariées, qui ont toujours tendance à se voir “en moins” dans la vie de leur mari, de s’identifier. Il y a des femmes mariées qui se sentent toujours un peu neutres, en-dessous des gens que leurs maris rencontrent. Je voulais incarner cette image de femme qui n’a pas d’histoire.

© Pathé Films.

 LEBLOGFEMMEQUIRIT. On retrouve dans Une Rencontre beaucoup d’élements traités dans vos autres films : des êtres hyper connectés (Facebook, Skype, Iphone), une femme qui chante dans sa voiture (Valérie Benguigui chantait Céline Dion dans Comme t’y es belle !, ici Sophie Marceau en voiture et François Cluzet en scooter interprètent Cabrel). On retrouve Londres déjà présent dans Comme t’y es belle ! et LOL®, des scènes de table où il manque toujours quelqu’un qu’on appelle et réclame avec force cris, et Alexandre Astier qui est de tous vos films… ces éléments sont-ils des repères pour vous ? Des balises sans lesquelles il vous est impossible d’écrire ?

LISA AZUELOS. En fait, il y en a où c’est conscient et d’autres où ça ne l’est pas. Chanter à fond en voiture c’est une chose que je faisais. Je me suis dit que j’allais faire un “auto-clin d’œil”. Je l’ai fait en conscience. C’est moche, mais c’est pas grave. Je me suis fait ce kif. Au bout du troisième film on n’pourra plus dire que c’est un hasard mais quelque chose d’assumé. Il y a une autre référence que vous n’avez pas vue et qui m’a sautée aux yeux, c’est la ville de Rennes. Dans tous mes films je parle de Rennes alors que je n’y suis jamais allée. Comment se fait-il que je parle de Rennes ? C’est un grand mystère !

JE CROIS BEAUCOUP AU HASARD SACHANT QUE POUR MOI LE HASARD N’EXISTE PAS”.

LEBLOGFEMMEQUIRIT. Que ce soit dans Comme t’y es belle, L.OL® et maintenant Une rencontre, Londres est la ville où l’on parvient à se dire les choses et s’aimer plus librement et facilement qu’à Paris. Est-ce pour vous la ville romantique par excellence ?

LISA AZUELOS. Je n’ai pas d’explication pour Rennes mais Londres, c’est normal parce que j’ai un destin par rapport à cette ville. J’ai toujours senti que j’avais un destin intérieur à Londres mais c’est très personne…J’ai toujours pensé que je rencontrerais l’homme de ma vie à Londres. Depuis toujours je pense ça. Donc, j’écris à Londres en me disant que si je tourne là-bas je vais peut-être finir par le rencontrer. Moi je ressens ça. C’est aussi le fait de quitter Paris et sa routine, de devenir un étranger, un voyageur.

Sophie Marceau amoureuse mais pas vraiment prête à être cadenassée.©Pathé films.

LEBLOGFEMMEQUIRIT. Un commentaire sur ce dialogue entre Cluzet et Marceau: “On n’se donne jamais rendez-vous, je m’en remets au hasard”/ “Le hasard c’est quand Dieu veut rester anonyme”.

LISA AZUELOS. Déjà, ça n’est pas de moi. J’aurais adoré mais c’est Einstein. Je crois beaucoup au hasard sachant que pour moi le hasard n’existe pas.

 “A PARTIR DU MOMENT Où UNE HISTOIRE NE DÉMARRE PAS, ELLE DEVIENT ÉTERNELLE”.

 LEBLOGFEMMEQUIRIT. Votre scénario repose pourtant sur lui. Le couple Marceau/Cluzet se retrouvent à 5 occasions : la première fois dans un cocktail à Rennes/ la 2ème dans une boîte de nuit/ la 3ème lors de l’anniversaire de Julien sur une péniche/ la 4ème lors de la soirée des avocats/ la 5ème fois dans une gare à Londres. Ces retrouvailles sont toujours heureuses dès lors que le hasard les décide, mais quand elles sont provoquées (comme la 4ème), ça foire. Doit-on quand on est amoureux ne s’en remettre qu’au hasard ?

LISA AZUELOS. Quand on est amoureux, on ne devrait pas faire d’effort. L’amour, normalement, c’est du bon timing. On peut rencontrer la bonne personne au mauvais moment et ça ne va pas se passer. On croit toujours qu’il faut faire des efforts mais quand ça doit arriver ça arrive. Je crois beaucoup à ce timing-là, cette synchronicité. Maintenant, encore une fois, j’ai un double discours par rapport au hasard parce qu’il se provoque aussi. L’idée c’est de hisser les voiles du bateau sachant que ce n’est pas nous qui faisons souffler le vent. Mais si on ne met pas de voiles au bateau, même si le vent souffle, on n’pourra pas partir. Il faut tout faire pour, tout en ne faisant rien.

LEBLOGFEMMEQUIRIT. L’une des phrases de conclusion de Cluzet est “Aucune histoire ne s’arrête jamais, il ne faut pas qu’elle commence”. N’est-ce pas un peu moralisateur?

LISA AZUELOS. C’est pas un point de vue moral. C’est drôle, j’ai écrit cette phrase dans le scénario et François m’a demandé de l’enlever. Et j’ai laissé le film longtemps sans cette phrase. Et puis j’ai rencontré deux, trois personnes qui m’ont reparlé de cette phrase qui les avait remués. Je me suis dit qu’il fallait que François l’enregistre. Je ne savais pas si je la garderais mais il fallait que François l’enregistre. Cette phrase, c’est une façon de parler de l’éternité. A partir du moment où quelque chose démarre, a priori, ça va finir. Alors que si ça ne démarre pas, c’est éternel.

LEBLOGFEMMEQUIRIT. C’est d’ailleurs le sens du message queCluzet écrit au dos d’une photo.

LISA AZUELOS. Oui, c’est sûr qu’ils vont se rappeler de ça toute leur vie. Si l’histoire démarre, on s’en rappelle aussi mais autrement.

* Lisa Azuelos a accepté de répondre à mes questions sur ce court-métrage, je publierai cet entretien dans quelques semaines…Merci de patienter

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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