Claudia Tagbo l’humoriste qui rend tout le monde CRAZY.

Claudia Tagbo ne fait pas de spectacle vivant elle est un spectacle vivant qu’il faut absolument voir aux Folies Bergère du 4 au 7 avril avant qu’elle ne reparte en tournée. 


Elle s’appelle Claudia Tagbo mais  tout le monde l’appelle Claudia. Et même si le grand public ne la connaît pas encore, le monde du stand-up et de la comédie a retenu son prénom indissociable des mots charisme, talent, générosité. Jamel Debbouze, Gad Elmaleh et Tomer Sisley dont elle a assuré les premières parties ne tarissent pas d’éloges sur la demoiselle née en Côte d’Ivoire et élevée à Chanac en Lozère. Idem d’ Arthur qui la produit et la met en scène dans chacun de ses shows télévisés sur TF1 et Comédie +. Ajoutons à la liste de ses parrains : Anne Roumanoff qui l’a engagée dans C’est la crise !(ce soir, à 20h45 sur Comédie +)  et l’on se dit que cette bombe aux rondeurs assumées et à la présence solaire a tout pour s’inscrire durablement dans le milieu de la comédie. La belle n’est pas totalement inconnue. Si vous ne l’avez pas vue faire vibrer les planches d’un théâtre auxquelles elle ne laisse aucun répit vous l’avez  peut-être repérée dans la série policère R.I.S dans laquelle elle a un rôle récurrent.

Et puis des Claudia, il n’y en a pas 36 ! «Je m’appelle Claudia, précise l’intéressée, parce que mon père aimait beaucoup Claudia Cardinale. D’ailleurs à l’origine, mes parents voulaient m’appeler Claudia Cardinale L’Or Angeline. Bon, on leur a fait comprendre que c’était trop ! L’or comme le minéral et non comme le prénom Laure et Angeline parce qu’il y a le mot ange et que c’était une façon de réunir deux familles qui n’étaient peut-être pas parties au départ pour se rencontrer». Alors on n’oubliera pas son prénom et on retiendra son nom parce que cette fille sait tout faire (jouer, chanter, danser) et d’ailleurs elle fait tout. Son show, intitulé CRAZY, est à l’image du personnage : une secousse qui vous retourne de rire et vous rend heureux durablement. Parce que j’ai aimé son show, j’ai voulu en savoir plus sur la personnalité de cette fille drôle, belle et intelligente qui rend tout le monde CRAZY.

 JE VEUX ÊTRE COMÉDIENNE DEPUIS L’ÂGE DE 9 ANS.

Je suis humoriste, répertoriée dans ce genre mais d’aussi loin que je m’en souvienne, ce n’est pas spécialement le rire qui m’attirait mais la scène. J’ai toujours voulu jouer. Aujourd’hui encore, je ne fais pas de différence entre mon travail pour le cinéma, les téléfilms ou le one-man-show…tous ces lieux, ces supports sont reliés en moi par le même métier, celui de comédienne et par le même désir de transmettre. Qu’il s’agisse du rire, de l’émotion, de la joie ou des larmes, le cœur de mon métier c’est la transmission. Et cette envie ne m’a jamais quittée depuis que j’ai 9 ans.

 

Pam Grier dans Jackie Brown.

LE DÉCLIC ? LES IDOLES DE MON ENFANCE.

Je pense que ça vient des chanteuses que j’écoutais en Côte d’Ivoire. Elles avaient une expression bien particulière, une façon de mettre en scène leurs chansons et ça me fascinait. Je regardais aussi beaucoup la télé. En ce moment, ce sont Les Guignols d’Abidjan qui ont du succès mais à l’époque il y avait un humoriste qui s’appelait Léonard Groguhet et qui faisait des choses très drôles.  Il était comédien et je m’étais dit : «J’ai envie de faire ça».  Ensuite, il y a eu Jackie Brown incarnée par la comédienne Pam Grier, il y a eu la série de films de la Blaxploitation comme Foxy Brown et bien sûr Shaft...On regardait beaucoup la télé et mon père nous emmenait souvent au cinéma. Plus je voyais de films ou plutôt de comédiens, plus je me disais que c’était leur métier que je voulais faire. Plus tard,  il y a eu Maillan, Robin, Bedos, Devos, Desproges et aujourd’hui Foresti.

MES PARENTS M’ONT TOUJOURS SOUTENUE.

Je suis l’aînée d’une fratrie de sept enfants. Mes parents auraient pu me décourager au nom des responsabilités qui incombent souvent aux aînés dans certaines familles africaines; mais non, j’ai eu la chance d’avoir des parents qui ne m’ont pas sabrée. Tu veux faire ça ? Eh bien, donne-toi les moyens, bosse ! Et sache toutefois que très peu de gens qui font ce métier savent de quoi il parlent !   Pour eux, c’était le théâtre classique. Je n’ai pas fait le Conservatoire. On a le regret de ce qu’on n’a pas fait. J’aurais bien aimé faire le Conservatoire. Quoi qu’il en soit j’ai appris mon métier et ils sont fiers de moi.

 PLACER LA VOIX.

Parce que j’ai en tête des références comme Pam Grier, ces comédiens à l’Américaine qui  jouent, dansent, chantent, je place très vite cette exigence à la base de mon travail. Même pour parler et dire un texte, il faut respecter une certaine musicalité.  Je travaille tout de façon à être  le moins « fausse » possible. Je ne dis pas que je chante, je dis simplement que je sais placer ma voix parce que c’est encore autre chose de savoir chanter ! Avant de se dire chanteuse, il y a encore 50 millions de levels !

 MES PREMIERS COURS DE THÉÂTRE.

Mon père n’avait pas beaucoup de moyens mais il m’a inscrite à l’âge de 10-11 ans dans un petit cours tenu à l’époque par Marie-Rose Guiraud. C’était très complet. On chantait et on dansait très librement parce qu’à cet âge on n’a pas la notion du théâtre et de tout ça. On travaillait la musique puis on apprenait à rajouter des phrases dessus. Le prof disait : «Raconte-nous tes vacances en France». Tout le long de ma scolarité, j’ai suivi des cours de théâtre et de danse.  A cet âge, je ne rêvais évidemment pas de one-man-show mais de jouer des pièces et de tourner des films.

JE NE SUIS PAS LA PLUS DRÔLE DE LA FAMILLE !

Des artistes, il y en a dans toute ma famille. D’ailleurs, mon frère rappe et tout le monde fait de l’artistique. Si on regarde notre famille, on ne se dit pas que j’ai plus de talent ou d’humour que les autres. Tout le monde est drôle ! Le repas à table peut durer six heures parce que chacun à une anecdote à raconter. Tout le monde imite le paternel même si ça ne lui plaît pas. Je ne suis pas la plus drôle de la famille. Aujourd’hui, mes cousins me félicitent de ne pas avoir lâché l’affaire : eux voulaient être astronautes et ne le sont pas devenus. Moi, j’ai toujours désiré être comédienne, j’exerce mon métier.

 

Fabrice Merlo, photo du site de l’artiste.

TRAVAILLER LE CORPS.

Dans tous les cours par lesquels je suis passée, on m’a toujours fait travailler le corps. J’ai eu cette chance-là. J’ai rencontré des gens concernés  par cet aspect. On dit de Stanislas Nordey qu’il oublie le corps mais c’est faux ! On le bosse énormément avec lui. Il y a beaucoup d’échauffement préparatoire au jeu de l’acteur. C’est avec lui que j’ai appris l’échauffement du corps; et pour sa mère Véronique Nordey, c’est pareil.  Après, j’ai bossé avec Fabrice Merlo, Pascale Siméon…On travaillait le corps avant d’aborder le texte parce qu’il est fondamental de libérer le corps pour que le texte puisse rentrer. Tous ceux que j’ai rencontrés au théâtre m’ont d’abord fait bouger le corps avant même de vouloir faire vibrer le texte.

 JUSTEMENT, MON CORPS !

Contrairement à ce que les gens pensent, je ne me gave pas. Je suis ronde mais je mange sainement et pas mal de trucs bio. Je bois beaucoup de tisane au thym. Je ne fume pas, ne bois pas d’alcool. J’ai ce corps que je n’ai pas choisi mais que j’habite avec bonheur.

 L’AMOUR DES BEAUX TEXTES.

Adolescente, je lisais plus facilement Molière que des BD. C’étaient mes choix et non ceux de mes parents ou de mes profs. J’aimais le beau langage. A une époque, je citais beaucoup les textes que je lisais et ne pouvais m’empêcher de dire « Comme dit un tel dans telle pièce…. ». Je fatiguais les gens avec ça ! Je voulais tellement montrer que j’avais lu. Et puis ça m’est passé même si j’aime toujours les beaux textes. Est-ce que j’ai cité  Koffi Kwahulé ?

 MES EMPLOIS AU THÉÂTRE.

J’ai souvent joué des femmes de caractère, des tempéraments. Des femmes en puissance qui étaient vachement dans le sol. J’ai joué Phèdre, dans Lucrèce Borgia, j’ai joué Gubetta qui est un homme. Comme j’ai ce côté-là en moi, les metteurs en scène allaient vers ça. Dans Marisol, j’ai joué le rôle de l’ange mais c’était pas un ange tout léger, tout gnangnan; c’était plutôt un ange ancré dans le sol avec du sang. J’ai souvent joué des personnages bien plantés.

 DRÔLE SUR SCÈNE/ GRAVE DANS LA VIE.

Je ne crois pas que l’un va sans l’autre. Je ne crois pas qu’on puisse faire rire les gens quand on n’a pas un minimum de gravité en soi. Je dis aux gens : «Vous ne me connaissez pas mais dans la vie, je ne suis pas drôle». Chez moi tout est grave et dans le sol. Ce qui fait que j’ai ce truc-là et que je peux vite gagner la légèreté. Je pense que si j’étais trop légère, je serais tout de suite plombée dès que les gens me touchent. Je crois que quand on est trop aérien, il n’y a pas de fond c’est-à-dire qu’il n’y a pas de corps. Je regarde les humoristes autour de moi, ceux qui font rire sont souvent très graves dans la vie. Ça ne veux pas dire dépressifs, non, mais ils ne sont pas légers. C’est très concret, ils sont très pragmatiques ce qui fait que, du coup, leur légèreté vient comme ça (ndlr: elle claque des doigts) mais elle est nourrie. Ils ne sont pas naïfs.

 ONE-MAN-SHOW/SEULE EN SCENE.

Je ne viens pas de là , je viens du théâtre et j’ai lu des pièces et des pièces. Ce qui est amusant c’est que dans Iphigénie ou chez Shakespeare, il y a de longs monologues pour lesquels les comédiens sont seuls en scène. Alors bien sûr, on ne rigole pas tout le temps.  Si on rigolait tout le temps ça s’appellerait un one-man-show. Alexandra Lamy fait un seul en scène dans La Vénus au phacochère moi, dans CRAZY je suis également seule en scène. C’est le même métier. La différence c’est que dans l’humour tu dois avoir la réaction du rire tout de suite.

Caroline Vigneaux, Anne Roumanoff et Claudia Tagbo.©Comédie +

CE QUE J’AI APPRIS D’ESSENTIEL À LA FAC.

On a travaillé tout le répertoire classique et beaucoup de textes contemporains. Enormément de Novarina, José Riviera… J’adore Olivier Py ! Ses textes sont tellement dans l’actu ! C’est d’une violence ! Et ça, c’est resté en moi. Quand on me voit sur scène peut-être qu’on se dit : « Elle a tout ça en elle et ça ne se voit pas forcément». Moi, je sais que je porte ça en moi dans mon corps, dans ma façon d’analyser les choses quand je suis sur scène. Tout ce travail-là, c’est à la fac de Saint-Denis que je l’ai appris.

 MA  MAÎTRISE DE THÉÂTRE.

J’ai étudié le théâtre pendant quatre ans à la fac de Saint-Denis. Je suis allée jusqu’à la maîtrise que je n’ai pas soutenue, au grand dam de mon père. Il fallait faire cinquante pages et je n’ai pas fait ce travail parce que j’ai travaillé tout de suite.  J’avais pourtant trouvé un thème qui me passionnait « la théâtralité dans les cérémonies funéraires ». J’étais partie de cette contemporanéité qu’on vit et la façon dont nous les Africains vivons le deuil. Comment on le vit ici en Europe et plus largement en Occident. C’était très intéressant de faire des recherches sur les rituels de danse, la préparation du corps…mais voilà, j’ai travaillé tout de suite et j’ai arrêté la fac.

PREMIERS CACHETS DE COMÉDIENNE.

Après la fac, j’ai donc travaillé; d’abord avec Claude Buchvald sur L’Opérette imaginaire qu’on a jouée à la Bastille et au Théâtre d’Evreux. Mais mon premier cachet de comédienne, je le dois à Pascale Siméon de la Compagnie Ecart Théâtre qui m’a engagée pour Marisol de José Riviera. C’est la première fois que je passais un casting  et qu’on me prenait au terme d’une véritable  audition et non parce qu’on me connaissait. Elle m’a donné la réplique et je jouais avec un super comédien Xavier Guittet. Dans notre métier ce qui est frustrant c’est qu’on ne sait jamais pourquoi on n’est pas prise. Sur ce coup-là, j’ai eu une bonne intuition et quand Pascale Siméon m’a rappelée, j’ai poussé mon « cri de casting ». Je ne peux pas vous le faire, il ne sort que lorsqu’on m’annonce que je suis prise. J’aurais adoré continuer avec Pascale Siméon, femme forte, intelligente, géniale, mais au moment où on s’apprêtait à enchaîner sur une autre pièce, on m’a proposé le rôle de Martine Forest dans R.I.S. Pascale préparait une création en Auvergne et m’a dit : « Se voir proposer un rôle récurrent, ça n’arrive qu’une fois dans une vie, vas-y ! ». J’y suis allée sereinement parce que j’étais portée par sa confiance.

 

Olivier Py © Rezo Films.

J’AI GALÉRÉ ET CE N’EST PAS FINI.

Entre le moment où je quitte la fac et maintenant, ça a été très très long.  J’estime que les temps de galère ne sont pas finis. Moi, je n’ai arrêté les petits boulots qu’en 2007 et j’ai commencé à travailler en 199 !  Donc la galère, ce n’est pas fini. J’ai galéré mais j’ai toujours mangé à ma faim (NDLR: Elle répète cette phrase 3 fois) parce que mes parents et la globalité de la famille étaient là. Chapeau bas à ma petite sœur qui payait ma Carte Orange quand je galérais. Je vivais dans un foyer SNCF, elle payait le loyer et mon père m’envoyait des chèques. J’ai toujours bien mangé même si on s’est serré la ceinture. Ce qui fait que quand on y arrive un peu, tout le monde est content et on est d’autant plus fier qu’on sait qu’on a contribué à ça.

 JE NE DONNE PAS MON ÂGE.

Oui, il y a eu près de dix ans ! Mais n’essayez pas de savoir mon âge,  je ne le donne pas ! Mon père dit qu’on a l’âge de ce que l’on fait.

 MA VIE D’ACTRICE MA VIE DE FEMME.

Je n’ai subi aucune pression de ma famille par rapport à mon métier. On m’a fait chier dans ma vie de femme parce que je ne suis pas mariée et que je n’ai pas d’enfant mais jamais parce que je faisais ce métier incertain. Encore aujourd’hui ma mère me dit que si tout ça se finit demain, la maison est ouverte. Ce qui importe pour elle  c’est que je paie mon loyer. S’il n’y a rien dans mon frigo, si je ne paie pas l’électricité, il n’y a que moi et moi qui le savons mais si je ne paie pas mon loyer, les voisins  peuvent le savoir.

Fabrice Eboué

JE SUIS UNE FEMME QUI ÉCRIT DEBOUT.

Je n’ai pas cette capacité de me dire que je vais me lever demain, écrire un texte et y aller. Je n’écris pas.  Je suis une femme qui écrit debout c’est-à-dire que je vais beaucoup être dans l’improvisation et dans le jeu du corps. Une situation est là, je vais l’imiter et me l’approprier. J’ai  eu cette rencontre très belle avec Fabrice Eboué au Jamel Comedy Club et depuis il écrit pour moi. Fabrice est quelqu’un qui pose les choses sur le papier, il écrit vraiment très très bien. Il a été mon regard extérieur. On travaille en binôme et parfois la collaboration se poursuit hors de la scène puisqu’il m’a fait tourner dans son deuxième film Le crocodile du Bostwanga.

LES TEXTES DE FABRICE EBOUÉ.

Fabrice Eboué et moi, on a beaucoup parlé ensemble,  je lui ai raconté ma vie : mon arrivée en France, ma pratique intensive du sport, mes rapports avec les hommes, avec la société actuelle et tout ce que je peux entendre. «Tu es ronde, tu ne seras pas dans Gala, on n’arrivera pas à vendre» et autres clichés : «Tu es humoriste donc tu n’es pas comédienne donc quand je viens te voir, je ne vois pas le personnage ». Alors bien sûr, on extrapole, on exagère les situations. Fabrice  est celui qui rigole le moins de mon spectacle parce qu’il connaît la réalité des choses, comment je formule quelque chose et comment il le transforme.

DEVANT MON PATERNEL, J’ACCELERE CERTAINS PASSAGES.

Quand le paternel est là, il y a des passages que j’accélère (rires) ! Tous ceux où je parle un peu de sexe. Il y en a d’autres ou bizarrement, je bafouille comme celui où je parle de la façon dont mon père nous grondait. La première fois que mon père a vu le spectacle et toute la partie sexuelle, j’ai dit : « C’est pas moi, c’est Fabrice qui a écrit ! ». Je me défends encore malgré mon âge, c’est le côté africain qui ressort.  Et quand mon père a demandé à Fabrice : « C’est vous qui dévergondez ma  fille ? », Fabrice a répondu : « C’est ce qu’elle m’a raconté! »  Maintenant, mes parents ne me disent plus quand ils viennent et  je le découvre en les voyant après le spectacle.

 POURQUOI LE ONE-MAN-SHOW ? C’EST NOTRE CARTE DE VISITE.

Qu’est-ce qui fait qu’on en arrive là  quand on commence par le théâtre et qu’on aime Olivier Py ? Il faut arrêter de se mentir ! Il faut arrêter de blablater en prétendant qu’on n’a pas envie d’être connu.  C’est faux !  On fait ce métier parce qu’on a envie de manger. La rencontre avec le one-man-show se fait quand Kader Aoun me dit : «On aime bien ton énergie. On peut peut-être travailler ensemble ». Je ne vais pas lui dire : «Ah non, mais moi je suis comédienne classique !» .Non, moi je me dis : ok, c’est un exercice, une contrainte, je vais y aller, je vais voir si ça marche. J’y suis allée. Maintenant la  lumière se fait sur ça et je ne le regrette pas.  Il y a un moment  où l’on se dit qu’on est comédienne et qu’il faut se frotter à toutes les formes de ce métier. Il y a un moment où les comédiens veulent montrer qu’ils existent et jouer. Le one, c’est comme nos cartes de visite sur lesquelles on a écrit : «Je suis là, prenez-moi, j’ai envie de jouer. Voyez ce que je sais faire».

Claudia Tagbo n’a besoin de personne pour se faire remonter les bretelles.

 

MES PREMIERS PAS SEULE SUR SCÈNE.

J’étais montée sur scène portée par un texte de Tonjé Bakan Tonjé, membre du Comic Street Show. Il m’avait écrit un sketch suite à une mésaventure avec la Carte Electron et des soins chez Yves Rocher. Ne pouvant payer l’épilation, je disais à l’esthéticienne : «Et quoi ?Vous allez me rendre mes poils ? ». Kader Aoun m’a appelée pour faire la première partie de Tomer Sisley au Temple. Je n’avais que 4mn de sketch mais il m’a rassurée, m’a conseillé de prendre mon temps, d’étirer le sketch. Je ne suis pas parvenue à faire 10 mn mais 8 mn 45. Ensuite j’ai fait la première partie de Jamel qui m’a donné de bons conseils. J’écoute ce qu’on me dit, je l’intègre et je fais avec ce que j’ai à l’intérieur de moi.  Avant le passage de Tomer,  j’avais même eu droit à ma petite musique d’intro sur laquelle je me suis mise à danser parce que je n’avais pas de texte.  Je danse parce que moi-même ça me détend et parce que j’ai été élevée comme ça.

DANSER CONTRE LA  COLÈRE.

Mon père me dit toujours : «T’es fâchée, en colère ? Au lieu d’aller insulter les gens dans la rue, mets de la musique, ferme les rideaux et danse à fond. Quand tu auras bien transpiré, prends une douche, ça ira mieux». La danse c’est un accueil pour les gens, c’est pour les inviter. Je rêve un jour d’entrer dans la salle, de me retourner et de voir les gens debout en train de danser.

 S’IMPOSER DANS LE MILIEU TRÈS MASCULIN DE L’HUMOUR.

Je n’étais pas prédestinée à faire du one donc tout n’est que bonus. C’est peut-être difficile de s’imposer pour une  fille qui ne fait que du one mais moi, comme j’ai fait beaucoup de théâtre, que je fais des films et des séries, je vois ça différemment. C’est peut-être difficile parce qu’on n’est pas nombreuses alors on l’impression qu’il y a très peu de places. Quand le one est arrivé j’ai pensé que c’était une façon d’élargir ma palette et une nouvelle expérience à inscrire sur mon CV : «Oui, j’ai fait rire des gens et des  salles de 300 personnes ». Alors oui, c’est difficile ! Une femme qui fait rire c’est qu’elle a de la gouache. En même temps, comme je le dis dans mon spectacle, on se dit qu’une fille qui fait rire doit être un peu grande gueule, lesbienne et castratrice. Une femme qui fait rire fait aussi un peu peur, je ne sais pas pourquoi. Alors que nous quand on voit un mec rigolo on se dit qu’il n’est pas beau mais qu’est-ce qu’il est drôle !

C’EST TELLEMENT DIFFICILE DE FAIRE RIRE.

Si on me demande ce que je fais, je réponds comédienne et non humoriste. Je ne dénigre pas le coté humoriste mais je ne veux pas me limiter alors je ne vois pas pourquoi quelqu’un d’autre viendrait me limiter. J’ai joué dans deux téléfilms diffusés récemment à la télé : Crapuleuses (F3) et Manipulations (F2). Je ne montre aucune dent, je ne souris pas ou alors c’est sarcastique. Mon visage est très fermé, très concentré, c’est très noir…Je suis comédienne. Je ne cherche pas un Tchao Pantin mais c’est tellement dur de faire rire. Le rire est de l’ordre de l’intime. On ne rit pas tous de la même façon contrairement au fait de faire la gueule.  On dit souvent que quelqu’un qui fait la gueule déforme son visage.. mais non, c’est quand on rigole qu’on le déforme. Les narines s’écartent, on ouvre la bouche et laisse apparaître le fond de se gorge. On peut tous entrer en empathie avec quelqu’un de triste. L’adhésion est immédiate; alors que pour le rire c’est plus compliqué. Tu peux décider de ne pas rire et là, c’est violent. Le plus difficile, c’est d’entrer sur scène parce que le public est dans une attente et qu’on ne veut pas décevoir.

MAIS ENCORE PLUS DIFFICILE DE PARLER DE SOI.

Le plus difficile sur scène c’est de parler de soi pour quelqu’un de très pudique comme moi. Personne ne me connaît à part ma famille. Donner des petites pistes, raconter des histoires même si j’exagère les choses revient à parler de soi. Ce qui est agréable c’est d’entendre les gens dire : « Oh, mais elle a trop raison! » ou «Moi aussi ça m’est arrivé ! ». Le plus difficile c’est aussi, pour moi qui ne viens pas du one-man, de m’imposer un autre rythme. J’ai mon rythme perso, je vais trop vite. J’ai dû apprendre à ralentir les choses, apprendre à attendre les riresalors que j’ai plutôt tendance à tout déballer. On m’a dit : « Claudia,attends, laisse-nous respirer, on est en apnée !». J’ai dit dernièrement à Fabrice : “J’écoute tout ce que tu me dis  mais est-ce que tu sais que si je prends vraiment le temps, je serai gonflée à bloc ?” parce que le rire c’est la récompense. Ce sont les gens qui donnent le rythme. Si je prenais le temps de les écouter, je serais à 400% .

photo personnelle de Claudia

JE NE SUIS PAS ENCORE ARRIVÉE !

Moi, je dis seulement, car je suis très croyante, qu’il y a un grand coordinateur là haut qui a favorisé les rencontres et fait que ça s’est matché comme ça. C’est d’avoir rencontré le Comedy Club et  Fabrice Eboué qui a dit à l’époque : «Je la sens bien mais elle a peur. T’inquiète, je vais trouver le texte et on y va !». C’étaient de vrais purs moments de rencontre. Mais il ne faut pas se leurrer. S’ il y a autant de spectacles c’est parce que c’est moins cher. Il faut une scène, une chaise, un micro et de la lumière. Pas de costume ni de décor comme au théâtre. C’est juste ta gouache qui compte et c’est vrai qu’avoir un spectacle c’est comme une carte de visite. Mais de là où on se parle, ça ne veut pas dire que ma boîte aux lettres déborde de scénarios et de propositions. Je ne suis pas encore arrivée et on ne me ait pas tourner plus. Non, je ne tourne pas. Je ne vais pas m’en plaindre mais je ne tourne pas plus. Parfois, je suis un peu en colère après mon agent qui prétexte qu’il n’y a pas de projet. Quand j’entends ça je réponds : « Tu sais, j’ai une carte UGC et je vois les films ! » Donc ce n’est pas parce que je passe régulièrement à la télé que l’argent rentre plus et que tu vas tourner plus. On est dans un cloisonnement : les gens vous voient en humoriste pas en comédienne.

 

Claudia Tagbo, Ary Abittan, Arthur, Amelle Chahbi

TRAVAILLER AVEC ARTHUR.

C’est une telle visibilité et une générosité qu’il m’offre en m’invitant dans son émission de Comédie + (Ce soir avec Arthur) et celle de TF1 (Vendredi, c’est permis) ! Certains se sont empressés de dire qu’on avait quitté une troupe (Ndlr : Le Jamel Comdey Club) pour entrer dans une autre. Non, il n’y a pas de troupe ! C’est juste quelqu’un qui est venu voir un spectacle parce qu’il avait un projet d’émission et qui a eu un vrai coup de foudre. Il est vraiment gentil ce garçon ! Quand vous savez d’où il vient vous ne pouvez que constater qu’il bosse. Idem d’Anne Roumanoff. C’est une grosse bosseuse, elle est extraordinaire !  (Ndlr : Claudia est à l’affiche de la sitcom C’est la crise!, lancée par Anne Roumanoff sur Comédie + tous les jeudis à 20h45.  Arthur est le producteur de Claudia Tagbo).

 

Mon rituel de préparation.

AVANT LA SCÈNE.

Je refais mon parcours tous les soirs et j’arrive deux heures avant de monter sur scène. J’ai besoin de m’installer et d’avoir  mes petits rituels : mettre de l’huile de lavande sur la poitrine parce que ça favorise telle chose ou atténue autre chose. J’ai tout un truc avec des huiles essentielles avant d’entrer sur scène. Je suis à jeûn et incapable d’avaler quoi que ce soit. A L’Européen où je suis restée six mois, j’étais là dès 18h30 et je repérais tout : là un fil qui dépasse, ici un papier qui traîne… j’étais chiante. C’est mon côté théâtreuse qui faisait marrer les autres quand on était en groupe. Je fais une allemande, tout mon parcours scénique dans la tête. Je fais aussi une italienne dès le début de la journée quand je me douche. On en revient toujours à cette question : comment être libre de son corps pour être dans son texte ? Quand je travaillais Phèdre ou Lucrèce Borgia, je pouvais passer la serpillère parce que mon corps est libre. C’est Phèdre qui faisait le ménage.

APRÈS LA SCÈNE, LA JOIE…

C’est tellement fort quand vous sortez de scène et que vous voyez les visages des gens qui vous attendent. Je les rencontre après, ils vous remercient et là on a envie de leur dire que c’est grâce à eux, tout ça. Ils vous racontent des anecdotes que vous avez envie de transformer et d’introduire dans votre spectacle. Quand vous demandez à un mec le prénom de sa femme et qu’il la regarde en double fois, qu’il hésite alors qu’ils sont mariés depuis 25 ans, c’est génial. Si Fabrice voit ça on peut gratter trois minutes là-dessus. Moi, je le fais dans le corps et les gens sont morts de rire. Je le prends au vif ce mec marié depuis 25 ans… c’est eux qui font le spectacle !

…PUIS LA DESCENTE.

Je pensais que j’étais la seule comme ça mais je vois des gens qui sortent de scène, si vous leur soufflez dessus, ils sont vidés, vidés. Moi, je vais jusqu’au bout de la fatigue, jusqu’au bout des dédicaces et une fois que  je suis toute seule la redescente est…hou ! Elle est drue ! C’est même violent!  Quand on est en tournée, c’est horrible ! Du coup, mes pauvres régisseurs tiennent avec moi  très tard alors qu’ils doivent se lever tôt le matin. J’ai besoin de ça parce que la descente est terrible ! En plus, quand vous rentrez de tournée et que vous vous retrouvez seule chez vous…waouh ! C’est là où les mamans et la famille sont précieuses. Moi, j’appelle ma mère.

 

MES RÊVES DE SCÈNE.

J’ai pour habitude de dire que je n’ai pas de barrière. C’est sûr que Phèdre m’a vraiment marquée. J’aurais bien aimé qu’on le pousse encore plus, qu’on sorte ce spectacle. C’était dans le cadre de ma scolarité et j’aurais adoré le jouer grâce à une subvention. Idem de Lucrèce Borgia. On l’a joué longtemps au Théâtre du Nord-Ouest. Ce sont des rôles qui m’ont marquée. Phèdre reste une femme puissante et au-delà de sa puissance, elle est folle. Mais ma  malle de rêves est énorme. Je suis une petite fille, pleine de rêves et j’ai envie de travailler avec plein de monde. J’aurais aimé chanter avec Ray Charles, tourner avec Gabin, rencontrer Brel…Parmi les vivants ? Il y en a plein mais si je commence à citer des noms, on me reprochera de ne pas en avoir cité d’autres. Je suis quelqu’un dans le réel parce que les rêves sont aussi nourris du réel. J’ai juste envie de remercier des gens que ce soit le Comedy Club, le Comic Street Show, Arthur, Roumanoff, Jamel, Boujenah, Gad…  Grâce à vous, j’y arrive petit à petit. Et puis les rêves, hou ! Si vous saviez où j’étais dans ma tête, vous vous diriez : «Ben on n’a pas assez d’un papier pour écrire, alors calme-toi » (Rires). C’est ça qui me tient !

 Claudia Tagbo dans CRAZY: du 4 au 7 avril aux Folies Bergère : 32 rue Richer, 75009 Paris. Tél : 01 44 79 98 60

 

 

 

 

 


Ce contenu a été publié dans A voir vite, avec comme mot(s)-clé(s) , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

2 réponses à Claudia Tagbo l’humoriste qui rend tout le monde CRAZY.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

19 − quatre =