Vous qui aimez Woody Allen, lisez Jack Douglas !

Jack Douglas

Vous connaissez Jack Douglas? Je pose la question à tous ceux qui aiment Woody Allen. Oublié aux USA, inconnu en France, Jack Douglas fut l’une des idoles de Woody Allen et l’un de ses auteurs de sketches à l’époque où il faisait du stand-up dans les bars new yorkais. Les éditions Wombat publient Ne vous fiez jamais à un chauffeur de bus nu, condensé d’humour à l’américaine paru en 1960 et auquel Woody Allen rendit hommage dans Anything else, en 2003. Tous ceux qui aiment Woody Allen et le stand-up devraient lire Jack Douglas !

Cela fait deux mois déjà que je transporte dans mon sac le livre de Jack Douglas. J’en parle à tout le monde et j’en ai déjà offert quelques exemplaires à des amis, des pas-amis et à un inconnu dans le bus qui riait par-dessus mon épaule. C’est drôle, absurde, décousu parfois (Jack est un grand pro du gagus interruptus), léger, jamais facile. Mais c’est quoi cette histoire de chauffeur de bus nu dont il faut se méfier ?

Editions Wombat, 15 €

J’avais commencé à rédiger un texte pour expliquer ce qu’il y a de savoureux, d’inédit, de pertinent et de percutant (Jack Douglas était aussi batteur) dans ce recueil de nouvelles, et puis je me suis ravisée. L’humour ne s’explique pas, l’humour, ça se vit, se sent, s’éprouve mais ça se passe d’explications. C’est sans doute la même démarche qu’a respectée Frédéric Brument, éditeur de la collection Les Insensés chez Wombat qui a préféré écrire une postface au livre plutôt qu’une préface. Certaines préfaces vous donnent l’impression de déjà connaître ce que vous vous apprêtez à découvrir et vous rendent paresseux. Moi, les préfaces me ramènent invariablement au temps des études où parfois on passait plus de temps à décrypter l’analyse compliquée d’un vieux professeur-préfaceur qu’à apprécier l’œuvre du préfacé. C’est pourquoi  je lis toujours les préfaces après le livre qu’elles introduisent…comme si c’étaient des postfaces.

Ceux qui connaissent bien Woody Allen, celui de Anything else, la vie et tout le reste (avec Woody himself, Jason Biggs et Christina Ricci) ont déjà entendu parler de Jack Douglas (1908-1989), écrivain, scénariste, auteur de sketches pour la radio et la télé qui écrivit, entre autres, pour Bob Hope, le duo Jerry Lewis &Dean Martin et Woody Allen. Dans ce film, le réalisateur lui rend hommage en ces termes :“Il y a des années, un extraordinaire auteur comique a écrit un livre très drôle : Never trust a naked bus driver (Ne vous fiez jamais à un chauffeur de bus nu), un titre profond et plein de sens. Tu serais surpris du nombre de gens qui font exactement ça… en Allemagne, il existait des groupes qui s’appelaient les “Juifs pour Hitler” ils étaient persuadés qu’Hitler serait une bonne chose pour le pays. Ils se fiaient à un chauffeur de bus nu. Il ne faut jamais se fier à un chauffeur de bus nu”.

Dans le style de Woody, il y a un peu de celui de son aîné et mentor parce que Jack Douglas, le bien inspiré, est quelqu’un d’inspirant. Les seuls titres de ses livres sont une invitation à rire : Mon frère était fils unique, Un drôle de truc m’est arrivé en chemin vers ma tombe… mais le plus simple c’est de lire le recueil Ne vous fiez jamais à un chauffeur de bus nu, dont voici quelques extraits :

-“La dernière fois que j’ai vu ce vieux Tim Snopes, il n’était plus que l’ombre de lui-même -une coquille vide. D’ailleurs, quand vous le teniez contre votre oreille, vous pouviez entendre le bruit de l’océan. A l’âge de quarante-six ans, Tim Snopes, qui avait comme à son habitude plusieurs années d’avance sur son époque, en avait cinquante-trois. Mais ça n’avait pas vraiment d’importance, car il était déjà multimillionnaire”. (page 12)

-“Tôt ce matin, quelque part entre mon jus d’orange et ma concubine numéro un, je me suis mis à penser  à Toynbee Doob.” (page 27)

-“Saviez-vous qu’un bébé sur quatre qui naît dans le monde est chinois ? Ça doit drôlement surprendre parfois, surtout si les parents sont yougoslaves. Et qu’une naissance sur vingt-trois donne lieu à des jumeaux ? Ça aussi, ça doit surprendre surtout si les jumeaux sont yougoslaves et les parents chinois (et même pas mariés!).”( p 57,58).

-“Après m’être enfilé un jus de tomate, une vodka et un bloody mary, je commençai à me sentir mieux lorsque soudain, sans raison valable, je me mis à penser à Toynbee Doob. (page 57)

-“Jetant un coup d’œil par ma fenêtre, en cette glorieuse matinée d’automne, je sus immédiatement que c’était l’automne car tous les enfants de chœur de la ville perdaient leurs feuilles. Après m’être enfilé une tasse de café noir, avec un cierge planté dedans (pour vraiment me réveiller), je me suis mis à penser au marquis le plus inoubliable que j’aie jamais rencontré.” (page 61)

-“Il me parla de leurs trois adorables enfants, Debbie, Rodney et Verve. Verve était le benjamin et ils l’avaient eu dans un paquet de corn-flakes (un cadeau bonus qui peut sembler inhabituel, mais la concurrence dans le secteur des aliments pour le petit-déjeuner devient chaque jour plus féroce).” (page 63)

-“C’est l’histoire d’un type avec un pied bot qui se laisse piétiner par une gonzesse. Il m’avait toujours semblé que la situation aurait dû être inversée”(page 65)

-“J’étais une jeune fille anglaise, sensible, naïve et inexpérimentée lorsque je rencontrai…EUH, JE NE VAIS PAS RECOPIER TOUT JACK DOUGLAS !  AVEC CETTE FÂCHEUSE HABITUDE DU TOUT GRATUIT VOUS PENSIEZ QUE J’ALLAIS ME MONTRER PEU RESPECTUEUSE DES DROITS D’AUTEUR ET DU DROIT QU’A L’ŒUVRE D’ÊTRE PRISE ET CONSIDÉRÉE DANS SON INTÉGRALITÉ ? IL EST DONC TEMPS D’ASSUMER LE FAIT QUE VOUS AYEZ LU CET ARTICLE JUSQU’ICI, QUE VOUS EN AYEZ APPRÉCIÉ LA TENEUR …IL EST GRAND TEMPS DE VOUS RENDRE CHEZ UN LIBRAIRE POUR ACHETER LE LIVRE DE JACK DOUGLAS. ET DE ME LAISSER QUELQUES COMMENTAIRES UNE FOIS SA LECTURE DIGÉRÉE…

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