Qu’est-ce qui fait rire Fiona Schmidt de Be ?

Editorialiste au magazine Be, Fiona Schmidt est, à mon sens, la principale raison qui vaille de lire Be. J’ai dit lire. Après, rien n’empêche de regarder les photos ou de consulter l’horoscope.

Fiona Schmidt, un drôle de regard sur l’actu (© Thomas Vassort/Be)

Fiona Schmidt, je ne l’ai jamais rencontrée. Je ne connais ni sa voix ni son rire; ils résonnent pourtant en moi chaque fois que je lis ses papiers. J’aime ce qu’elle écrit. Sa façon d’étirer une idée et de la faire dériver jusqu’à la dépouiller de sa teneur originale relèvent d’une vraie prouesse stylistique. Posez un œil sur son billet posté le 15 mai sur son blog : Quelle tronche doivent avoir nos fesses ? où il est question de feshion (fesses+ fashion, selon l’auteur) et vous comprendrez. Quand je regarde les photos de Fiona Schmidt, je me dis qu’elle est encore plus «barrée» que ce qu’elle raconte dans ses articles toujours écrits à la pointe du stylo-même avec un clavier. Je n’achète pas Be…

il est à disposition dans mon club de sport. C’est devenu un rituel, chaque semaine j’arrache l’édito de Fiona Schmidt et feuillette rapidement Be pour voir si elle a écrit autre chose. J’abandonne le reste du mag à celles qui ne se lassent pas de voir des it-bags et des shoes à profusion et ad nauseum.

Fiona Schmidt: “Je fais rire certaines personnes, j’en inquiète d’autres”.

Je suis agoraphobe, maniaque, paranoïaque, obsessionnelle et assez schizophrène. (©Thomas Vassort/Be)

Parce que je trouve drôle Fiona Schmidt, je lui ai demandé -comme à Alix Girod de L’Ain, éditorialiste à ELLE- ce qui la faisait rire et j’ai voulu savoir de quels auteurs elle se nourrissait. Qu’elle ait cité Shalom Auslander et Gail Parent (en avril 2007, j’ai acheté 5 exemplaires de Sheila Levine…et l’ai offert 4 fois) me conforte dans l’idée que je ne me suis pas trompée en la sollicitant. Sur FaceBook, Fiona Schmidt et moi serions “amies”; dans la vie, j’ai appris à me tenir à distance des personnes dont je partage les goûts.

LEBLOGFEMMEQUIRIT. Quelle est votre définition de l’humour ?

Fiona Schmidt. Quelques grammes de finesse dans un monde trop brut. 

LBFQR. Qu’est-ce qui vous fait rire depuis toujours ?

F.S. L’humour anglais : acide, pince sans rire et absurde. Poétique, dans un genre tordu, aussi. Les Monty Python, Mister Bean, Tom Sharpe, French and Saunders me font mourir de rire.

Michael Palin, ex-Monty Python, French and Saunders dans leur studio de la BBC.©BBC

LBFQR. Quels humoristes de la nouvelle génération vous font rire ?

F.S. J’ai une passion pour le Comte de Bouderbala, que je trouve drôle et intelligent. Pour moi, l’un ne va pas sans l’autre.

Comte de Bouderbala

LBFQR.Quelle est l’histoire (pas) drôle qui ne fait rire que vous ?

F.S. Les blagues bien trash me font beaucoup rire, et comme j’ai un rire de chasse d’eau rouillée, ça embarrasse doublement tout le monde. Par exemple : “Quelle partie du légume ne passe pas dans le mixer ? Le fauteuil roulant.” Je ne m’en suis pas encore remise, de celle-là.

LBFQR. Qu’y a-t-il de plus drôle dans votre personnalité ?

F.S. Mes TOC ?

LBFQR. Vous écrivez des articles drôles, êtes-vous aussi drôle dans la vie quotidienne ?

F.S. Il faudrait poser la question à ceux qui la partagent…C’est très prétentieux d’affirmer qu’on est drôle, non ? D’autant que l’humour, c’est très subjectif. Je fais rire certaines personnes, et j’en inquiète d’autres.

LBFQR. Réussit-on à «écrire drôle» parce qu’on l’est réellement dans la vie ou parce qu’on a une certaine maîtrise des techniques de rédaction ?

F.S. Je pense qu’un “papier d’humeur” est réussi quand on sent le vécu, ou en tout cas l’observation du vécu en filigrane. Ça n’a pas grand-chose à voir avec des techniques de rédaction, plutôt avec un intérêt pour les gens, les situations et les détails.

LBFQR. Vous est-il arrivé d’avoir à tomber un papier plein d’humour alors que vous traversiez une période difficile émotionnellement ?

F.S. Plus d’une fois ! Et c’est un vrai challenge.

LBFQR. Avez-vous été influencée par un(e) journaliste au moment où vous avez décidé d’écrire des papiers drôles et légers, ceux qu’on appelle des psycho-rigolo ?

F.S. Ado, je vouais un culte à Diastème, qui écrivait dans 20 ANS, ma Bible de l’époque. Et j’adore les papiers de Sophie Fontanel dans ELLE. Mais j’ai toujours été plus admirative qu’influencée. D’autant qu’au départ,  je voulais être critique littéraire dans la presse à accents circonflexes, pas comique de presse féminine. C’est ma nature qui m’a rattrapée -et Télérama qui m’a jetée, un peu, aussi.

LBFQR. Quels sont vos auteurs préférés tous genres confondus ?

F.S. Norman Mailer, Don DeLillo, Francis Scott Fitzgerald et Hubert Selby Jr. Que des américains pas drôles.

Mailer en couv’ de Life en 1969

LBFQR. Je constate souvent que les personnes drôles sont de grands névrosés. De quelle(s) névrose(s) se nourrit votre plume ?

F.S. Je suis une grande, grande névrosée. Je suis agoraphobe, maniaque, paranoïaque, obsessionnelle et assez schizophrène. Mais ça fait de bons papiers, j’espère.

 LBFQR. Vivez-vous la mission de faire rire chaque semaine comme une pression ?

F.S. Une pression personnelle, surtout, car je me remets en cause à chaque papier : est-ce que je suis drôle, est-ce que je me répète, est-ce que je ne tombe pas dans la facilité…

LBFQR. Quand votre chef vous dit : «Essaie de faire un papier drôle à partir de ce sujet». Qu’est-ce qui est le plus difficile à entendre: le verbe essayer ou l’adjectif drôle ?

F.S. Mes boss ne me disent pas “essaie” mais “fais”. Mais ça arrive rarement : en général, les idées les plus barrées, c’est moi qui me les impose toute seule.

Un roman devenu un film, sortie le 25 mai.

LBFQR. Quand on a la mission de faire rire toutes les semaines, de quoi se nourrit-on pour se renouveler ?

F.S. Des gens. Mes amis, mon amoureux, les inconnus que je croise –j’adore parler aux inconnus-, les conversations dont je capte des morceaux… Je me nourris aussi beaucoup d’art, de cinéma, de théâtre…Je suis une boulimique des gens, version timide : je préfère les observer que participer.

LBFQR. Vous écrivez beaucoup et écrire léger n’est pas facile, comment faites-vous pour  tenir le rythme ?

F.S. J’ai un bon dealer.

 LBFQR. Etes-vous du genre anxieux au moment de rendre vos éditos malgré une certaine expérience ?

F.S. Je suis du genre hyper anxieux, et je n’ai jamais, jamais rendu le moindre papier sans appréhension, car j’ai toujours l’impression que je pourrais faire mieux, que le papier n’est pas fini. J’ai commencé à écrire des papiers dans Cosmo en stage, en 2003. Mais les formats étaient très différents de ceux que j’écris aujourd’hui dans Be.

LBFQR. Savez-vous combien d’articles vous avez publiés dans Cosmo, dans Be.

F.S. Aucune idée. Il faudrait demander à ma mère, elle ne les lit pas, mais elle les découpe pour les montrer à ses copines. Elle a deux gros classeurs.

LBFQR. Quel a été votre parcours universitaire et professionnel avant de devenir l’éditorialiste de Be ?

F.S. J’ai fait une prépa littéraire, puis une école de journalisme et en même temps, un DEA de cinéma. Mes études de journalisme m’ont conduite à faire un stage à Cosmo, j’y suis restée six ans, puis Anne Bianchi, la directrice de la rédaction de Be, m’a débauchée pour monter Be, dont j’ai été la rédactrice en chef pendant un an, avant de revenir à mes premières (et plus sincères) amours : l’écriture.

LBFQR. Vous êtes la seule éditorialiste du magazine Be, est-ce une place enviée et convoitée ?

F.S. Oui, heureusement, on fait maintenant des gilets pare-balles fittés, hyper Balenciaga. Je pense surtout que mes collègues sont très heureux que je ne sois plus leur boss, je crois que j’étais hyper chiante. Maintenant, ils veulent bien que je m’assoie à côté d’eux à la cantine.

LBFQR. Quel article a généré le plus d’angoisse (peur de ne pas faire rire, d’être à côté…) ?

F.S.  Il y en a eu pas mal, et ce sont en général mes préférés. DSK est-il la nouvelle Loana ?”(Ndlr : publié en juillet 2011) m’a fait pondre des Smarties, et “Mélenchonisez votre mec”, aussi. Si je bipe dimanche prochain dans l’isoloir (Ndlr: cet entretien a été réalisé avant la Présidentielle), je saurai pourquoi.

LBFQR. Comment réagissez-vous lorsqu’on dit, en votre présence, «Tu connais Fiona, c’est la fille la plus drôle que je connaisse !». Qu’éprouvez-vous en entendant cela ?

F.S. Beaucoup de gêne, mais je ne sais pas recevoir les compliments, c’est pathétique.

LBFQR. Qui vous a fait gagner vos lettres de drôlesse ?

F.S. Je comprends pas tellement la question…

 LBFQR. A quel âge avez-vous pris conscience de votre potentiel comique ?

F.S. Enfant déjà, je faisais bien marrer mes Barbie.

LBFQR. Avez-vous déjà songé à monter sur scène ? Vous l’a-t-on proposé ?

F.S. On me l’a proposé plusieurs fois, et la réponse est : plutôt m’allonger en travers d’un couloir de bus.

LBFQR. Quand, où et pourquoi avez-vous ri la dernière fois ?

F.S. Cette nuit, dans mon lit. Mon mec parle dans son sommeil, ça me fait beaucoup rire.

 LBFQR. Quelle est votre humoriste femme préférée ?

Guillon par Pascal Ito©

F.S. Jacqueline Maillan. Elle pouvait être très trash en restant très chic. Dans le même genre, en vivant, j’aime beaucoup Valérie Lemercier.

LBFQR. Quel est votre humoriste homme préféré ?

F.S. Pierre Palmade, parce qu’il est à la fois fin et punk.

LBFQR. Pensez-vous qu’il y a un humour féminin et un humour masculin ?

F.S. Non.

 LBFQR. Quelle personne de votre entourage pas nécessairement connue du public vous fait mourir de rire ?

F.S. Ma belle-fille de 8 ans est très, très drôle.

LBFQR. Quel est votre film comique préféré ?

F.S. Toute la série des “Y a-t-il un flic pour sauver…” , “Y a-t-il un pilote dans l’avion”, et “Hot Shots”.

LBFQR. Quel est LE livre qui vous fait rire ?

F.S. “La lamentation du prépuce” de Shalom Auslander et “Sheila Levine est morte et vit à New York” de Gail Parent m’ont fait hurler de rire.

LBFQR. Quelle est votre réplique (citation de film, livre, sketch…) drôle préférée ?

F.S. “A la médecine du travail, il n’y a pas que des pontes. Si Ducasse vendait des churros à la Foire du Trône, ça se saurait”, issue de “A votre écoute, coûte que coûte” sur France Inter, l’émission la plus drôle que j’aie jamais entendue.

LBFQR. De quelles personnes (connues ou non) aimez-vous entendre le rire et pourquoi ?

F.S. J’adore entendre rire les gens, en général. Ca me met de bon poil.

LBFQR. Si vous deviez partir sur une île déserte quels humoristes emmèneriez-vous avec vous ?

F.S. Franchement, je préfèrerais emporter un bouquin.

LBFQR. Si vous deviez vous réincarner en humoriste, dans la peau de qui voudriez-vous renaître ?

F.S. Pierre Desproges. Mais faudrait le ressusciter d’abord.

LBFQR. Pensez-vous qu’on puisse rire de tout ?

F.S. Oui, mais pas avec n’importe qui, pour citer Desproges.

LBFQR. Qu’est-ce qui ne vous fait pas rire du tout ?

F.S. La méchanceté gratuite. Et le manque de respect.

LE STYLE FIONA SCHMIDT EN 5 EXTRAITS* :

1Parlons chaussettes. publié le 18 janvier 2012

Les chaussettes sont un peu les François Bayrou du dressing : on n’y pense jamais, jusqu’à ce qu’on en ait besoin.

2-La mode éthique est-elle toc ? publié sur le site le 4 mai.

La nature, les arbres, les ours même pas polaires, les graines germées, c’est bien beau, mais si c’est pour qu’on nous confonde de dos avec Eva Joly, est-ce bien raisonnable ?

Voilà le problème de la fringue couche d’ozone et Tiers-monde friendly : soit elle coûte un yacht, soit on te soupçonne de t’être sapée avec l’emballage des frites, couleur incluse, et dans les deux cas, ça fout la chiale…

3-Où trouver une veste boyfriend quand on n’en a pas (de veste et/ou de boyfriend) ? publié le 9 mai 2012.

Où trouver une veste boyfriend à prix abordable, classique et qui couvre les hanches, me requestait l’autre jour Lybertine, que je salue au passage, sous vos applaudissements ?

Heureusement que le Sphinx ne posa pas cette question à Œdipe, sans quoi le jeune homme n’aurait jamais pu entrer dans Thèbes et épouser sa mère, ç’aurait été dommage (Sans doute le Sphinx avait-il remarqué qu’il n’y avait pas grand-chose à tirer d’un type habillé avec des bandelettes de Tricostéril)

4-Où trouver du pradada ? publié le 2 mai 2012

J’entends par Pradada toute la fringuaille inspirée du défilé Prada printemps-été 2012, qui ne coûte pas un haras d’émir pour autant.

5-Trouve-toi belle et tais-toi ! publié le 30 avril 2012

Je me trouve pas mal, physiquement. J’avais piscine le jour où Dieu faisait une distribution de seins,en revanche, j’ai eu du rab le jour du nez et des fesses, néanmoins la plupart du temps, quand je me croise dans un miroir, je m’aime.

Avez-vous soudain envie de me jeter des cailloux ? La langue vous démange-t-elle de me haranguer : T’as vu ta gueule ?, de m’insulter sur Twitter, voire de créer sur Facebook un groupe, baptisé “Pour que Fiona crève un tesson de miroir dans l’œil”, qui compterait plusieurs milliers de fans ? C’est ce qui arrive depuis dix jours à la journaliste anglaise Samantha Brick, pour avoir déclaré dans le Daily Mail qu’elle se trouvait attirante, et qu’elle avait hâte “d’avoir des rides et des cheveux blancs pour passer inaperçue”. Outre-Manche, ce -hum-, spasme narcissique maladroit, disons, a déclenché une tempête médiatique à côté de laquelle Xynthia tient du soupir de nourrisson : on ne compte plus les messages de haine sur les réseaux sociaux, les critiques farouches de personnalités médiatiques et les parodies sur Internet qu’a suscités “la femme la plus haïe d’Angleterre”, dixit le Guardian.

* Ces extraits sont consultables sur le blog de Fiona Schmidt mais pas dans la version print.

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