Bigard parfait en psy de nuit sur Europe 1. Bigard du soir, espoir ?

J’étais dans mon lit hier nuit et je pensais à l’humoriste Jérémy Ferrari quand la voix de Bigard m’a sortie de cette réflexion. N’y voyez rien d’érotique, je ne fantasme ni sur le premier ni sur le second.

 

Photo du site de l’artiste.

Je m’étais simplement endormie en écoutant une rediff de Ruquier vers 17h 25 sur Europe 1et ne me suis réveillée qu’après 23h. C’est ainsi : je fais mes nuits, moi aussi, mais plutôt le jour. Je repensais en fait à l’entretien mené avec Ferrari quelques jours plus tôt et au terme duquel je lui avais demandé s’il s’aimait et comment il s’aimait. Jérémy Ferrari m’avait répondu spontanément : «Je préfère en moi l’artiste que l’homme».

A 23h05, juste après le flash info d’Europe, j’ai trouvé que c’était une heureuse coïncidence de tomber sur Bigard au moment où je tentais d’égréner les noms des personnalités que j’aimais humainement sans forcément être sensible à leur démarche artistique. Et inversement. En ce Lundi de Pâques, l’humoriste recueillait les confidences des auditeurs en lieu et place de Caroline Dublanche, psy professionnelle et de Sophie Peters qui la remplace généralement les jours fériés. Tout au long de ces deux heures de  libre antenne on a entendu ceci : «C’est Jean-Marie Bigard sur Europe 1 qui remplace Caroline Dublanche. Et je m’y colle, c’est un demi-poisson d’avril» ou «Bonjour Sylvie, c’est exceptionnellement Jean-Marie Bigard qui te répond» et enfin : “C’est toi qui désannonces ? I’ll stand by you. Moi, je m’appelle Jean-Marie Bigard et je suis là encore pour une quinzaine de minutes et je fais des bisous à Caroline Dublanche et Sophie Peters et j’ai beaucoup d’admiration pour elles”.

QUAND BIGARD FAIT DU GRAND ART, DU BIG ART.

De Bigard, je connais les spectacles dont je suis rarement cliente même s’il y a des sketches que j’aime énormément et qui sont devenus des classiques comme Le Restaurant, La Valise RTL, La Chauve-souris… et, bien sûr, Le Lâcher de Salopes qui est un bijou en matière d’interprétation et d’écriture- Baffie n’est jamais très loin. J’apprécie Bigard comme juré d’On ne demande qu’à en rire parce que connaissant la scène et le métier, il trouve toujours les mots justes pour encourager ou éconduire un candidat. Enfin, je le trouve formidable, et, disons-le, brillant quand il intervient chez Ruquier sur Europe 1 l’après-midi dans On va s’gêner. J’adore Bigard en impro, en roue libre (enterrons ses propos sur le 11/9), qui attrape un os dont il ne sait de quelle moëlle il est comblé, qu’il s’en délecte, qu’après l’avoir sucé il ne songe pas même à le jeter mais continue de le ronger avec tellement d’habileté qu’il le transforme en un précieux bibelot qu’on veut garder. Quand, à partir d’un mot ou d’une situation banals, il tisse une histoire improbable, imprévisible, toujours drôle et parfois teintée de poésie. Quand encore il nous balade et finalement retombe toujours sur ses pieds sans casser les nôtres. Dans ces instants-là, Bigard fait du grand art, du big art.

BIGARD S’EN EST TRÈS BIEN SORTI MALGRÉ QUELQUES FACILITÉS…

C’est à un exercice autrement plus délicat que l’humoriste s’est essayé hier nuit. On peut rebondir sur un mot, une pensée dans le contexte d’une émission de divertissement, c’est plus difficile et dangereux lorsqu’il s’agit de le faire sur les émotions d’auditeurs qu’on ne voit ni ne connaît. Bigard s’en est très bien sorti même si parfois il a cédé à quelques facilités convenues pour conclure un entretien : «Vous êtes une belle personne» répétées un peu plus qu’il ne fallait.

…ET QUELQUES GROSSES DIFFICULTÉS.

J’ai adoré hier soir Bigard qui a tenu l’antenne avec toutes les qualités qu’on lui connaît : intelligence, sensibilité, franchise et générosité même quand il s’est trouvé face à des témoignages dont on pouvait penser qu’ils n’étaient pas des plus authentiques. J’ai eu du mal à croire à l’histoire d’Alexandre auquel sa femme et ses trois filles de 10, 12 et 14 ans auraient imposé, il y a trois ans, la présence d’un chevreau dans un appartement parisien sous peine de divorcer. Ce témoignage de père dont “l’autorité est bafouée” a duré près de 12 minutes ! J’ai trouvé que celui de Huguette, séparée de son mari depuis dix ans et qu’elle continue d’entretenir s’étirait et tournait en rond dès lors que cette mère de famille désespérée reposait chaque fois les mêmes questions à Bigard sur un ton qui ne présageait rien de bon. Sans douter du désarroi de cette auditrice, j’ai eu le sentiment que la problématique dépassait l’animateur qui pourtant y mettait du sien. C’est là la limite de cet exercice.  Et l’on notera que Bigard l’a vouvoyée alors qu’il s’est autorisé à tutoyer Sylvie. Si l’on peut échanger en toute simplicité sur des questions générales de couple (comme l’avait fait un été Sophie Favier sur cette même radio) il est quasi impossible, dans le cadre d’une libre antenne, d’orienter une personne qui dit avoir des difficultés à se reconstruire depuis dix ans. Vous pouvez me croire, j’écoute Caroline Dublanche depuis 2000.

IL A GARDÉ UN TON JUSTE SANS SE DÉPARTIR DE SA FRANCHISE.

Pour le reste, JMB a été impeccable. Fidèle à lui-même et son langage même quand on le sentait en équilibre sur un fil -celui de l’extrême sensibilité des auditeurs en demande d’écoute et de conseils. Bigard a gardé son langage, sa nature. D’Agnès qui «fréquente un pantin» à Hervé qui veut que sa fille Sarah réussisse en sport plus qu’elle ne le désire elle-même, l’humoriste a gardé un ton juste sans se départir de la franchise qui a fait sa réputation. Et quand il s’est adressé à Christine et Mélanie-Liliane non-voyantes, agacées qu’on les «paternise et assiste un peu trop» ou «qu’on veuille toujours les aider à traverser quand elles n’ont rien demandé» ou encore «qu’on parle devant elles à la 3ème personne», Bigard a osé : «Ah, oui, c’est emmerdant !» avant d’encourager les appelantes à déposer leur colère et même la transformer.

 «LES RELATIONS AMICALES AVEC LES EX, ÇA NE MARCHE JAMAIS ! »

Quand Patrick a raconté sa rupture avec sa compagne dont l’ex était un peu trop présent, Bigard y est allé franco : «C’est très emmerdant les relations amicales avec les ex. Statistiquement, ça ne marche jamais». Avant de conclure : «C’est emmerdant l’amour parce qu’on ne s’aime pas toujours de la même manière. Il y en a toujours un qui dérouille (…) Vous êtes un mec formidable, vous vivez un joli petit paquet de souffrance… Si votre ex dérouille, ça ne me gêne pas trop, il ne faut pas regretter». Idem pour Sylvie divorcée et lasse de fréquenter un homme également divorcé et officiellement libre qui la maintient dans «une relation clandestine». «Je suis dans une relation qui me perturbe beaucoup, énonce l’auditrice, et je me suis dit que l’avis d’un homme serait intéressant(…) Il s’éclipse dès qu’il croise mes amis, il refuse de rencontrer les miens et mes enfants». Bigard sans concession pour l’amateur de clandestinité rétorque : «Sylvie, je pense qu’il faut être plus ferme sur les prix. Regardez bien dans la balance. Est-ce que je suis heureuse ou pas ? Votre bonheur ne devrait pas avoir de prix. Il faut couper des branches, si vous ne le faites pas, je vous fiche mon billet que ça ne s’arrangera pas. Respectez-vous au plus haut point». En voilà une qui a obtenu une réponse cash que n’aurait sans doute pas osée Caroline Dublanche, la psy en charge de cette tranche nocturne.

«TOUTES LES GRANDES VICTOIRES SONT ARRIVÉES QUAND J’AI LÂCHÉ PRISE ».

Bigard s’est même fendu d’une confidence en évoquant «la toute puissance» à laquelle il a été confronté dans ses premières années d’humoriste et dont il ne s’est libéré que par le lâcher-prise. «La toute puissance, a t-il raconté, c’est un terme de psychanalyse. Le jour où j’ai fait un petit travail sur moi et j’ai lâché, les choses sont devenues plus simples. Toutes les grandes victoires que j’ai eues sont arrivées quand j’ai lâché prise». Beau moment d’intimité et d’émotion sans ce qu’on aurait pu craindre, le côté donneur de leçons.

LES AUDITEURS L’ENCOURAGENT, PATRICK SÉBASTIEN ENVOIE UN SMS.

Alors bien sûr, il y a eu des fans qui tout en respectant la sobriété de l’animateur d’un soir n’ont pu s’empêcher de le saluer en l’invitant à «continuer à mettre le paquet» ou de lui dire «Je vous aime beaucoup vous me faites beaucoup rire». Aucun commentaire de la part de l’artiste qui s’est tout juste contenté de lire un SMS de félicitations envoyé par Patrick Sébastien tombé lui aussi par hasard sur l’émission alors qu’il roulait en voiture.

C’EST CETTE VERSION DE BIGARD QUE J’AIME.

Si c’est cela un Poisson d’Avril, même un demi-Poisson, je prends et j’en redemande ! J’ai trouvé plus original de surprendre avec Bigard sur Europe 1 plutôt que de s’engouffrer dans la brèche des farces plus ou moins drôles et toujours très faciles et prévisibles. Je n’ai jamais cru que Carambar cesserait l’édition de ses blagues légendaires au profit de jeux éducatifs. Et j’ai trouvé dommage que Le Parisien du 22 mars dernier consacre un article d’une demi-page à cette non-priorité relayée ensuite par tous les JT !!!! Je n’ai pas cru non plus que Roselyne Bachelot avait été sollicitée par Scorsese et Daniel Craig pour tourner dans le prochain James Bond. Aucune personnalité politique à l’exception de DSK et de Jean-Marc Eyrault ne maîtrise parfaitement une langue étrangère. J’ai cru en revanche à 100% que Jean-Bigard avait une très grande qualité d’écoute, qu’il ‘était montré sincère et qu’il avait été utile à tous ceux et celles qui l’ont écouté hier soir. C’est cette version de Bigard que j’aime et même adore. Hors contexte sans texte ni prétexte.

Jean-Marie Bigard est en tournée dans toute la France avec son spectacle N°9 qu’il jouera jusqu’en décembre. Il sera demain soir, 3 avril à Bapaume (62), le 4 avril à Reims, le 5 avril à Strasbourg,le 9 à Poitiers .Voir les dates sur le site de l’humoriste : www.bigard.com/

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